mercredi 13 novembre 2013

Cocteau et la musique (1 / 7)

Cocteau et les Six : Milhaud, Auric, Honegger,
Tailleferre, Poulenc et Durey
L'exposition du Musée de Menton dont j'ai parlé dans le précédent billet évoquait les liens artistiques et amicaux entre Cocteau, Matisse et Picasso, à travers leur amour commun pour la Méditerranée.

Comme nous célébrons cette année le cinquantième anniversaire de la disparition du poète, il m’a paru intéressant de découvrir quels avaient été ses rapports avec les compositeurs de son époque.

Jean Cocteau possédait tous les talents hormis pourtant celui de la musique. Conscient de ce manque, il aimait dire avec humour que le clavier d'un piano ressemblait à une mâchoire de requin prête à mordre. Ce qui ne l’empêchait pas, à défaut d'aimer vraiment la musique, d’avoir des idées sur le sujet et de les exprimer.

A la fin de 1918, tandis que Schoenberg réfléchit à un nouveau mode d’écriture reposant sur la série et que Berg compose les premières notes de Wozzeck, Cocteau publie un petit essai sur la musique intitulé Le coq et l’arlequin. Il est dédié à un jeune compositeur, Georges Auric. 

C’est un joli jeu de massacre qui n’épargne pas grand monde : Beethoven, Wagner, tout le monde y passe. Debussy est jugé coupable d’avoir joué en Français mais en mettant la pédale russe, Schönberg est qualifié de musicien de tableau noir et Stravinsky voit son Sacre du Printemps rangé au rayon des musiques d’entrailles, ces pieuvres qu’il faut fuir ou qui vous mangent.

A l’époque du jazz, du cinéma et des phonographes, Cocteau pose une question précise : comment la musique classique et le ballet traditionnel peuvent-ils continuer à intéresser le public ? Il nous faut une musique  de tous les jours, assez de hamacs, de guirlandes, de gondoles ! Je veux qu’on me bâtisse une musique où j’habite comme dans une maison proclame-t-il dans son livre.

Cocteau trouve les formes musicales du XIXème siècle trop lourdes, compliquées et plus du tout en phase avec une société qui change à toute allure, au rythme des progrès techniques et des nouvelles modes. Il appelle à l’élimination de tout romantisme, refuse le chromatisme et souhaite rendre à l’harmonie diatonique la place qu’elle occupait autrefois. Pour lui, il faut revenir à la tradition française d’élégance et de légèreté dans la lignée de Couperin et de Rameau.

Cocteau noue des relations privilégiées avec les musiciens du Groupe des Six (Darius Milhaud, George Auric, Arthur Honegger, Germaine Tailleferre, Francis Poulenc et Louis Durey), qui lui semblent illustrer ses idées et dont il se fait en quelque sorte le manager. Il inspire directement leur manifeste, dans lequel on retrouve, assorties de précisions techniques mais reprises assez fidèlement, les idées exprimées dans Le coq et l’arlequin.

De 1912 à 1924, Cocteau va participer à l’aventure des Ballets russes, en écrivant l’argument de trois spectacles marqués par la dérision et la provocation, Parade, Le Bœuf sur le toit et Les Mariés de la tour Eiffel. A partir du milieu des années 20, sa contribution à des œuvres musicales prend un tour beaucoup plus sérieux : trois de ses pièces, Antigone, Œdipus Rex (inspirées des tragédies de Sophocle) et La Voix Humaine deviendront des livrets d'opéras.

Je vais essayer de faire un billet sur chacune d'entre elles, cela me fera une feuille de route au moins jusqu’à Noël. J’espère juste ne pas m’essouffler en chemin. Mais bon, allons-y !

Pour finir cette introduction, je vais laisser la parole à Brigitte Fossey, qui a écrit et présenté récemment sur scène, en collaboration avec le pianiste Yves Henry et le ténor Xavier Le Maréchal, un très joli spectacle, intitulé Cocteau en Musique.




3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Beau début à une "série" prometteuse ...
Je suis prêt à la déguster.
Amicalement.

Anonyme a dit…

J'en étais restée aux bo de g auric pour les films de Cocteau, mais vais découvrir vos articles avec intérêt

MartinJP a dit…

Très beau sujet en effet auquel on pourrait consacrer un site ou un livre entier. Bon courage donc