samedi 23 novembre 2013

Antigone (Cocteau et la musique 5 / 7)

En 1922, Cocteau écrit une tragédie inspirée de Sophocle, Antigone

C'est tentant de photographier la Grèce en aéroplane, écrit-il. Peut-être mon expérience est-elle un moyen de faire vivre les vieux chefs-d’œuvre. À force d'y habiter, nous les contemplons distraitement mais parce que je survole un texte célèbre, chacun croit l'entendre pour la première fois.

Sur le texte de la pièce devenu livret d’opéra, Arthur Honegger compose entre 1924 à 1927. Il explique lui aussi sa démarche artistique : envelopper le drame d'une construction symphonique serrée sans en alourdir le mouvement, remplacer le récitatif par une écriture vocale mélodique, chercher l'accentuation juste, surtout dans les consonnes.

Pour le poète comme pour le musicien, l’idée est donc toute simple : rendre accessible la tragédie antique par l’utilisation du langage quotidien et d’un chant syllabique qui en est le plus proche possible. Simplifier, clarifier, rendre actuel pour être mieux reçu, mieux compris.

Antigone est créée au théâtre de la Monnaie à Bruxelles le 28 décembre 1927. En dépit de ce projet artistique qui semblait à première vue répondre aux attentes du public, de décors signés Picasso et de costumes dessinés par Coco Chanel, la représentation est un échec total. Le public baille et les critiques se déchaînent contre Cocteau et Honegger, le premier accusé d’avoir fait de la tragédie de Sophocle un « fait divers désséché », le second « d’épuiser l'attention des auditeurs ».

Antigone part en Allemagne mais les choses ne s’arrangent pas, bien au contraire. L’opéra est hué à Essen en janvier 1928. A Munich, Antigone est présenté en version de concert dans une relative indifférence. Elle sera un peu reprise à Paris, entre 1943 et 1952, avant de disparaître définitivement des affiches.

Je vais laisser le mot à la fin à Piotr Kaminski (1 001 opéras, Fayard), qui se montre sur cette affaire beaucoup plus enthousiaste que le public des années 20 :

Le discours vocal, choral, orchestral ne se dépare jamais d’une terrifiante violence : vents perçants, cordes en transe perpétuelle, coups de timbale, ligne vocale torturée, frôlant volontiers un parlando nerveux, mais toujours maintenue dans les registres centraux de la voix afin de préserver la plus parfaite intelligibilité du texte. 

Saisissant l’auditeur à la gorge, Honegger recourt aux accentuations inouïes afin de mieux traduire la férocité d’un conflit dont l’enjeu, on n’en doute pas une seconde, est l’avenir du monde. Il est inconcevable qu’une œuvre d’une telle originalité et d’une telle puissance reste ignorée des interprètes et des théâtres.

On peut tout à fait partager ce point de vue.


5 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Je ne connais pas du tout la pièce de Cocteau, ni bien sur l'opéra...
Antigone (et Oedipe) sont des sources d'inspiration inépuisables...
Outre Sophocle, il me vient à l'esprit : la pièce de Jean Anouilh que j'avais bien aimée en son temps ; le trés beau film de Pasolini "Oedipe" ; deux trés beaux livres de Bauchau (Antigone et Oedipe sur la route, ce dernier a été à l'origine d'un opéra créé récemment en Belgique)...
J'attend évidemment la suite de ta "Série"
Amicalement

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, et le texte de Cocteau est très beau, avec ce mélange de simplicité et de poésie émaillé de belles formules en forme d'aphorismes ; je le préfère même à celui d'Anouilh.

MartinJP a dit…

En accord avec les commentaires de Jean Calude Mazaud tout en étant totalement ingnorant de cette oeuvre.

Bien amicalement

Anonyme a dit…

Il me semble que votre appel a été entendu ! Merveilleux YouTube, le plus grand pot-pourri du monde : https://www.youtube.com/watch?v=CeYBANlsfgA

jefopera@gmail.com a dit…

Merci beaucoup pour l'info, je crée de suite un lien dans mon article et vais le regarder cet après-midi.
JeF