mardi 13 août 2013

Pleyel, de Vienne à Saint-Denis

Un musicien un peu oublié a donné son nom à un quartier, une tour et une station de métro de Saint-Denis.

Né près de Vienne le 18 juin 1757, Ignace Pleyel a été l’élève de Joseph Haydn avant de lui succéder comme maître de chapelle du prince Esterhazy. En 1795, il s'installe à Paris et crée deux années plus tard une maison d’édition musicale qui publiera près de 4 000 compositions, dont une édition complète des quatuors de Haydn et de nombreuses œuvres de Boccherini, Beethoven et Clementi.

Désireux d’adapter les instruments aux exigences des compositeurs et des interprètes de son époque, Ignace Pleyel fonde en 1807 la manufacture de pianos qui porte son nom ; dès lors, il ne se consacre plus qu’à cette nouvelle activité. Fournisseur de l'impératrice Joséphine et de toutes les cours européennes, il exporte ses pianos dans le monde entier.

De son temps, Ignace était un compositeur aussi célèbre et joué que Beethoven. Il a écrit 41 symphonies (comme Mozart), une flopée de concertos, de nombreuses œuvres de musique de chambre (notamment 70 quatuors et 17 quintettes), un requiem et deux opéras, La Fée Urgèle et Iphigénie en Aulide. Bon, tout cela est un peu tombé aux oubliettes mais il faudrait que je prenne le temps d’aller explorer le sujet. La discographie n’est pas très abondante mais elle existe et beaucoup d’extraits d’œuvres sont disponibles sur Youtube :


Après la mort d’Ignace, en 1831, son fils Camille prend la relève. Homme d’affaires dynamique et mélomane averti, il continue de faire prospérer l'entreprise familiale, notamment sur le plan international. Animé par le goût des nouveautés et des découvertes musicales, Camille est surtout un formidable dénicheur de talents : il organise des "salons" et convie le Tout Paris à venir découvrir et écouter de nombreux virtuoses, au premier rang desquels Frédéric Chopin. Les deux hommes se lient d'ailleurs rapidement d'amitié et Pleyel devient le fournisseur attitré de Chopin, lequel, en reconnaissance, donnera tous ses concerts publics parisiens dans les salons Pleyel.

En 1865, l’entreprise se développe et se modernise avec la création de la manufacture de Saint-Denis déployée sur plus de 55 000 mètres carrés. La production annuelle augmente de façon continue jusqu'en 1913, année durant laquelle on fabrique à Saint-Denis près de 3 000 pianos.

En 1927, le patron des usines Pleyel, Gustave Lyon, fait construire la Salle Pleyel rue du Faubourg Saint Honoré et y organise de nombreux concerts. Les affaires restent prospères jusqu’à la seconde guerre, qui marque le début du déclin. En 1961, l’entreprise dyonisienne ferme ses portes définitivement : la marque existe toujours mais la fabrication des pianos est confiée à un fabricant allemand, Rainer. Désaffectés, les ateliers sont rasés et à leur place, est édifiée la tour de 37 étages que l'on connait.

En 1998, un investisseur privé, Hubert Martigny, achète la Salle Pleyel puis, deux ans plus tard, les trois marques françaises de pianos Pleyel, Erard et Gaveau. Il les réunit sous le nom de “Manufacture Française de Pianos” et rapatrie la production à Ales, dans les usines des pianos Rameau.

Une nouvelle ère s’ouvre alors pour les pianos Pleyel qui se spécialisent dans la fabrication de pianos de concert de grande qualité et de commandes spéciales. La manufacture d’Alès ferme ses portes au printemps 2007 et les pianos Pleyel, en septembre 2007, retrouvent leur berceau historique de Saint-Denis.

Cette belle histoire est très bien racontée sur le site de Pleyel : http://piano.pleyel.fr/

3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Plaisant cet extrait du concerto pour clarinette de Pleyel dont je ne connaissais que le Carrefour et la fameuse salle...
Mais où vas-tu chercher tout cela ?
Il est vrai qu'il n'a pas que la Basilique dans ta ville...
Ton article tombe à pic : je viens de lire que les touristes commençaient à s'intéresser au 93.
Continue à nous étonner !
Amitiés
JC

LecteurStDenis a dit…

Merci pour toutes ces informations. Une question : est-il vrai que si Rouget de Lisle est l'auteur des paroles de "La Marseillaise" ce serait Ignace Pleyel qui aurait écrit la musique, s'inspirant d'une musique de Mozart ?

jefopera@gmail.com a dit…

Après une petite recherche -notamment sur Wikipédia- j'ai trouvé quelques éléments permettant de nourrir le débat, mais pas forcément de l'éclaircir.

La musique de La Marseillaise n'étant pas signée, contrairement aux autres compositions de Rouget de Lisle, plusieurs écrivains et musiciens ont en effet émis des doutes sur sa paternité et avancé l'idée qu'elle pourrait avoir été écrite par Ignace Pleyel, auteur de L'Hymne de la liberté, dont Rouget de Lisle a écrit les paroles.

En 1889, Wilhelm Tappert, un musicologue allemand, a retrouvé la trace de plusieurs airs allemands dans La Marseillaise, mais quelques un de ses confrères ont réfuté cette thèse en expliquant que Rouget de Lisle ne les avait sans doute jamais entendus.

On a dit aussi que La Marseillaise pourrait être l'œuvre de Holtzmann, maître de chapelle dans le Palatinat (on trouve des similitudes avec le credo de l'une de ses messes) ou d'un autre illustre inconnu, Grisons (air du début de l'Oratorio Esther).

La première phrase « allons enfants de la patrie » apparaît plus ou moins distinctement dans plusieurs oeuvres de Mozart, deux trios, La Flûte enchantée et surtout le premier mouvement du concerto pour piano no 25, qui date de 1786, et que Pleyel connaissait certainement.

La paternité de Pleyel, si elle était avérée, permettrait de considérer notre chère ville comme la patrie des deux hymnes les plus chantés en France, l'Internationale et La Marseillaise. Et si l'on ajoute que le professeur et ami de Pleyel, Joseph Haydn, est l'auteur de l'hymne allemand.... Bon, tout cela nous emmène peut-être un peu loin.