samedi 24 août 2013

Mystérieuses barricades

Bruno Procopio, claveciniste
Les Barricades mystérieuses est le nom de l'une des plus belles pièces de François Couperin. C'est un rondeau dans le style luthé, un peu mélancolique.

Plusieurs écrivains peu inspirés pour baptiser leur production se sont emparés de ce titre, deux mots dont ils ont sans doute trouvé la juxtaposition poétique.

D'abord l'académicien Edmont Jaloux, dans un roman oublié, écrit en 1922, puis Jacqueline Bellon, une rombière qui pondait des romans à l'eau de rose dans les années 60. Mon ami Jean-Paul, véritable puits de science, me signale l'existence d'un polar portant le même nom, publié dans les années 90 par un ancien de l'Action Française, aujourd'hui pigiste dans une revue catho de gauche. J'ai oublié son nom mais ce n'est pas grave. 

Le ponpon revient à un certain Olivier Larronde, avatar diaphane et dépressif de Rimbaud dont on dit qu'il fit pleurer Genet et crier Cocteau au génie, ce qui renseigne davantage sur le physique du garçon que sur ses talents littéraires. Voici un aperçu de cet amphigouri :

Quand l'aurore me donne à sa serre féline,
Plus l'indiscret oiseau dont je suis la volière :
Mésange coeur de fraise aux tortures encline
Qui me met en morceaux comme on casse les oeufs.

Mais au fait, d'où vient ce nom, et que peut-il bien dire ?

Certains commentateurs ont évoqué les remparts d'une femme convoitée, qui cèdent peu à peu face aux assauts de son amant. Pourquoi pas ?

Mais peut-être suffit-il, pour percer le mystère, de regarder la partition pour comprendre qu'entre la main droite et la main gauche, se tissent des lignes verticales et horizontales qui évoquent aisément une barricade. Dans ce treillis savant et subtil, la ligne mélodique oscille de la main droite à la main gauche, demandant à l'interprète d'appuyer sur certaines notes, d'en alléger d'autres, à contretemps. Tout est basé sur les retards et les syncopes des voix supérieures et sur les pédales et les marches harmoniques des voix inférieures. D'où cette impression de doux balancement.

Et quand on sait que le beau claveciniste est brésilien, alors, le balancement.....

5 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Barricades, Couperin, Clavecin : tout cela ne rime pas trop...
Mais j'ai écouté avec plaisir ce doux balancement brésilien.
Ton article est très bien.
Bon dimanche !
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Merci, bon dimanche également ; la pluie va sans doute conduire tes pas vers une salle obscure..

Jean Claude Mazaud a dit…

Jamais le Dimanche !

Laetitia a dit…

je ne pensais pas que le clavecin pouvait être aussi sexy....

ChrisNYC a dit…

Cool