mercredi 3 juillet 2013

Gaité luthérienne

Leipzig, Thomaskirche - photo Jefopera
Je lisais hier sur le site de Libération qu'il y a déjà 4 ans que l'église luthérienne suédoise célèbre des mariages gays :


On y apprend aussi que, plus près de nous, en Suisse, un mariage a été récemment organisé et qu'en Finlande, le débat est solidement engagé. 

Bien évidemment, rien de tel en France : emboîtant le pas aux autres confessions, la Fédération protestante nationale s'est fendu d'un communiqué tarabiscoté, 30 lignes de contorsions dialectiques concluant sur le rejet du mariage pour tous. Rien de neuf sous le soleil au pays de Barjot et Boutin.

La lecture de cet article a néanmoins fait revivre en moi quelques bons souvenirs luthériens, en musique bien sûr.

Adolescent, j'ai passé plusieurs étés en Allemagne, à Marburg, une belle ville médiévale du land de Hesse. Les amis qui me recevaient, fervents luthériens, m'emmenaient chaque dimanche au culte, où, bien sûr, l'on chantait les cantates de Bach. A la tribune, quelques musiciens et chanteurs ainsi qu'un organiste hirsute qui se déchaînait dans d'extraordinaires improvisations. Repris avec ferveur par des fidèles qui les connaissaient par coeur, les chorals de Bach retentissaient sous les voûtes en une communion dans la musique qui faisait grand effet.

Ne voulant pas que je quitte l'Allemagne sans avoir visité la ville de Luther, mes amis m'emmenèrent aussi découvrir les monuments de Wittenberg, notamment la célèbre église palatiale au sommet de laquelle sont inscrits les premiers mots du plus connu des cantiques de Luther : Ein feste burg ist unser Gott (C'est un rempart que notre Dieu).

Le mois dernier, à Leipzig, j'ai retrouvé le monde luthérien en passant chaque soir à la Thomaskirche faire un petit coucou à Jean-Sébastien. Des mélomanes du monde entier se rendent ici en pèlerinage et beaucoup déposent une fleur sur la dalle marquant la sépulture de celui qui fût ici maître de chapelle pendant près de 25 ans, jusqu'à sa mort, en 1750.

Une chorale afro américaine entonne un puissant choral et un organiste polonais, invité à la tribune, joue quelques préludes à l'orgue. On va, on vient, on visite, on s'assied, on cause, on se prend en photo. La Thomaskirche, repeinte il y a peu en blanc, est baignée de lumière. Le mobilier a récemment été ciré et l'odeur de l'encaustique se mêle à celle des fleurs. C'est la première fois que je me trouve dans une église où règne une ambiance aussi sereine et joyeuse.

Et je me mets d'un coup à rire tout seul en imaginant le père Bach, avec son air renfrogné, sa longue robe de chantre et sa perruque bouclée, tenant les grandes orgues pendant la célébration d'un mariage gay. Mais qui a dit que la religion luthérienne était triste et austère ?


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