vendredi 5 juillet 2013

Flûte sur grand écran

Dans la fosse, un maestro au crane rasé, affublé de bijoux, de grosses godasses et d'un tee-shirt noir ouvert sur le poitrail lance l'ouverture sur les chapeaux de roue. 

Effrayé, je m'agrippe au fauteuil dans l'attente de l'accident, mais ouf, les accords finaux retentissent et personne n'est tombé. 

C'était la première, et j'espère la dernière fois, que j'entendais l'ouverture de La Flûte Enchantée menée à ce train. 

Je me dis que si tout l'opéra file à cette vitesse, je serai sorti dans une heure et pourrai aller ripailler dans un bouchon. Mais, au premier air, coup de frein brutal. A l'excès de vitesse succède la torpeur, et l'air habituellement enjoué et malicieux de Papageno se transforme en ritournelle mollassonne. Et c'est comme cela jusqu'à la fin.

Plutôt bon public, je finis par m'habituer à ces fantaisies de tempo, me souvenant qu'il y a peu, au Festival de Baden Baden, Rattle avait fait la même chose dans le même opéra (et d'ailleurs attiré sur lui les foudres de la critique). 

Le programme m'informe que le chef impétueux au look branché vient de la musique baroque. Tendance Harnoncourt eût-il fallu préciser.

Sur scène, les jeunes chanteurs du Studio de l’Opéra de Lyon s'en sortent heureusement très bien et cela fait plaisir de voir La Flûte enfin chantée par des artistes ayant l'âge et la fraîcheur des rôles. Bien sûr, certaines voix sont encore un peu vertes et les jeunes hésitent à se lâcher sur scène, mais ce n'est pas bien grave.

Deux d'entre eux font forte impression : Sabine Devieilhe, qui maîtrise avec un joli brio le rôle impossible de la Reine de la Nuit et le jeune allemand Mauro Peter, qui chante d'une voix chaude et généreuse un Tamino fragile et passionné.

La mise en scène de l'artiste vidéo Pierrick Sorin était très attendue. Il faut dire qu'il y avait de quoi : les chanteurs sont filmés devant un fond bleu et, de part et d’autre de la scène, des manipulateurs apportent des décors en maquette qui sont captés et mixés en direct avec les images des chanteurs. Le tout incrusté sur un écran en fond de scène, mais aussi sur un voile translucide qui sépare le plateau de la fosse.

Bon, après le premier effet de surprise, on se lasse un peu de ce cinéma, qui alourdit fortement le propos et fige le jeu scénique. Certains disent que cela passera mieux en plein air : ce sera demain à 21 h 30, sur écran géant, dans plusieurs villes de la Région Rhône-Alpes et à Paris, sur les berges de la Seine.

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Et Papageno, comment était-il ?
Y-a-t-il enfin au mauvais Papageno ?
Bonne soirée.

jefopera@gmail.com a dit…

Il était correct, mais sans vraiment d'humour ou de fantaisie -ce qui est un comble. Il a bien chanté, d'une voix simple et claire mais peu expressive....