mercredi 12 juin 2013

Quelques heures à Dresde

Dresde, juin 2013 - Photo Jefopera
Un soleil somptueux, provocateur, dans des rues presque vides où règne un silence angoissant. La ville semble figée dans l'attente de l'inexorable. On nous apprend que l'eau doit monter de plus de deux mètres dans la journée et sans doute dépasser le niveau historique de 2002. 
  
Les berges du fleuve sont déjà totalement inondées. Sur le pont qui le traverse, de nombreux photographes de presse et des camions de télévision surmontés de gigantesques paraboles. Un peu partout, les services municipaux, les pompiers et l'armée déchargent et installent des sacs de sable.

A l'issue d'une rapide promenade dans la vieille ville, la menace de voir à tout instant les voies terrestres et ferroviaires coupées impose un retour rapide à Leipzig. Plus inquiet que déçu, je dis au revoir à Dresde mais me promets de revenir un jour visiter cette ville somptueuse, au riche passé artistique et musical.

Au début du 18ème siècle, sous le règne du roi Auguste le Fort, qui la couvrit de somptueux monuments baroques, Dresde se vit appelée la "Florence de l’Elbe". Capitale du royaume de Saxe, la ville devint au fil des années une cité prospère grâce à ses industries, ses banques et à l'essor du transport fluvial.

Dresden, juin 2013, photo Jefopera
Mais elle faillit disparaître définitivement. Alors que la guerre est déjà gagnée, l'aviation britannique et américaine lança, au cours de la nuit du 13 au 14 février 1945, une série de raids d'une ampleur considérable : des milliers de bombes incendiaires réduisent la ville en poussière ; plus de 100 000 personnes sont tuées, pour la plupart des vieillards, des femmes et des enfants. C'est bien plus qu'à Hiroshima.

Dresde renaîtra pourtant peu à peu ; le centre historique est reconstruit pierre par pierre. Mais, dans une RDA en quasi faillite, les moyens manquent et les chantiers s'essoufflent. Avec la réunification, les travaux repartent et la ville se couvre de nouveaux chantiers ; beaucoup sont d'ailleurs encore en cours.

A défaut d'évoquer ses trésors artistiques que je n'ai pu qu'entrevoir, il m'a paru intéressant de dire quelques mots d'un compositeur un peu oublié qui a longtemps travaillé à Dresde, Johann Adolph Hasse.

Dresde est au 18ème siècle la ville où tout musicien rêve de faire carrière, Bach le premier. Mais la cour hédoniste du roi Auguste préfère de loin les vocalises des castrats aux chorals luthériens et au contrepoint, et plus qu'à l'austère Cantor de Leipzig, c'est aux compositeurs d'opéras qu'elle ouvre grandes ses portes.

Parmi eux, Hasse. Né à Hambourg en 1699, il part tout jeune en Italie étudier auprès des deux grands maîtres de l'opéra napolitain, Alessandro Scarlatti et Nicola Porpora. Il y fait la connaissance de Farinelli, écrit une dizaine d'opéras qui connaissent le succès et tombe amoureux d'une célèbre chanteuse, Faustina Bordoni, qu'il épouse en 1730.

Appelé à Dresde, il s'y installe pour une vingtaine d'années et y compose ses plus grands succès, dont la Didone Abbandonata. En 1763, chassé par la guerre de sept ans, il se réfugie à Varsovie puis part à Vienne où il écrit de nouveaux opéras. Épuisé, malade et ruiné, il part finir ses jours à Venise, dans ce pays qu'il aimait tant. Les Italiens, qui l'appelaient "il caro Sassone" (le cher Saxon) le lui rendaient d'ailleurs fort bien.

Pendant le siège de Dresde, un incendie détruisit une part importante des manuscrits de ce compositeur particulièrement prolifique (on estime en effet qu'il écrivit plus de 1 500 oeuvres, dont 120 opéras). 

Il reste heureusement une bonne cinquantaine d'opéras. Plusieurs d'entre eux ayant été récemment produits et enregistrés, j'ai tenté d'en dresser une liste :

Cleofide, avec William Christie avec la Capella Coloniensis, publié chez Capriccio,
Marc Antonio e Cleopatra, ensemble Ars Lyrica de Houston, publié chez Dorian,
La Serva Scaltra (CD et DVD), chez Bongiovanni,
Pirama e Tisbe, chez Mondo Musica (distribué par Bongiovanni),
La Contadina Astuta, chez Kikko (également distribué par Bongiovanni),
Il Cantico de Tre Fanciulli, publié chez Bongiovanni.

Des extraits de Zenobia avec le Musicae Antiquae Collegium Varsoviense, sont également disponibles chez Pro Musica Camerata.

Deux oratorios également : La Conversione di San Agustino, disponible chez Capriccio et I Pelegrini al sepolcro di Nostro Signor, Gérard Lesne, chez Virgin Classics.

Et puis ce très joli récital du contre-ténor Valer Barna-Sabadus :


1 commentaire:

Karl a dit…

Belle et émouvante évocation de cette ville chère à mon coeur et à mes souvenirs. Merci