mercredi 19 juin 2013

La caresse suave de Mozart

Nous avons pris l'habitude, chaque dimanche après-midi, de nous reposer une heure ou deux après le déjeuner en écoutant les concertos pour piano de Mozart. L'hiver a été si long que nous avons d’ailleurs eu le temps de tous les entendre, plusieurs fois, et dans des versions différentes.
  
Jean-Laurent avait celle d'Alfred Brendel, d’une grande noblesse mais assez marquée par une tradition romantique qui empèse parfois le propos, notamment à l'orchestre. De mon côté, j’avais celle de Daniel Barenboïm, subtile, d’une grande tenue mais s’inscrivant dans un choix interprétatif assez proche.
  
Afin de changer d’approche, nous avons essayé John Eliot Gardiner et Malcolm Bilson. La partie d'orchestre est remarquable, les tempos sont enlevés, les attaques nerveuses et la ligne d’ensemble très élégante. Le problème, c'est l'absence d'expressivité du piano forte. On n’en veut pas à Bilson, qui fait ce qu’il peut avec ce qu'il a sous les doigts, mais cela reste du piano forte, avec toutes ses limites. Souvent couvert par l’orchestre, on l’entend d’ailleurs  parfois à peine, ce qui vide les concertos de leur intérêt musical.
  
Je me suis souvenu d'une série de cassettes du pianiste Geza Anda avec lequel j’avais découvert les concertos lorsque j’étais étudiant, ce qui lui conserve dans ma mémoire une place à part. Mais les cassettes et le magnétophone ont depuis longtemps disparu et avec eux le souvenir de ce pianiste.
  
En mettant la main sur la version de Mitsuko Uchida, je pensais que tous les ingrédients étaient cette fois réunis : approche plus nerveuse à l'orchestre, avec des instruments clairs, de bonnes dynamiques, des tempos plus allants et la belle sonorité d’un piano moderne. Mais tout s'est effondré avec le verdict de Jean-Laurent : "il n’y a aucune émotion, c’est droit, lisse, il ne se passe rien. Cette musique sublime doit m’emmener quelque part, me prendre par la main. Mais là, même si c’est très joli, on reste sur place ». Son goût musical très sûr étant pour moi parole d’évangile, j’ai rangé Mitsuko.
  
J'ai alors ressorti du coffret de l'intégrale Mozart la version de Derek Han : comme à la première écoute, je l’ai trouvée bien faite, sérieuse et honnête. Mais, encore une fois, il ne s'est rien passé. Résigné, je me suis rendu à l'idée, nourrie avec les opéras, que Mozart était décidément l’un des compositeurs les plus difficiles à interpréter.
  
Quelques semaines plus tard, en fouillant dans mes cartons, je remis la main sur une série de CD de Murray Perahia que je croyais perdus dans un déménagement. Et là, nous nous sommes dits que c’était bon. Oui, très bon, même s’il semblait qu’un peu plus de…, ou plutôt un peu moins de …. aurait été intéressant. Notre enthousiasme était sincère mais je craignais qu’à la longue il se révèle de l’étoffe des mariages de raison que l’on conclut à un âge mur dans la crainte de vieillir seul et impotent.
  
Puis survint un miracle. En consultant un matin le catalogue des médiathèques de Saint-Denis, je trouvai trace de l’intégrale de Christian Zacharias, parue il y a déjà un moment chez EMI.
  
Ce fût comme un matin d’été où l’on dort un peu trop tard, lorsque qu'une personne entre dans votre chambre et ouvre la fenêtre en grand. Le vent frais et les rayons du soleil entrent d'un coup mais viennent caresser votre visage avec douceur et suavité, comme pour s’excuser de la brutalité du réveil.
  
Tout y est : justesse absolue du ton et des tempos, vivacité, finesse, expression, malice parfois -notamment dans les cadences, qui sont souvent celles du pianiste lui-même. Si l’on devait donner une juste illustration du sens de l’adjectif mozartien, plus que des mots ressassés, je crois qu'il suffirait de s’asseoir, de respirer profondément et de s’abandonner aux caresses suaves du piano de Zacharias.
  

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Donc pas facile de faire un choix !
Amitiés.

Anonyme a dit…

Le top avec Bareboim et MJ Pires,