lundi 10 juin 2013

Au Gewandhaus

Gewandhaus zu Leipzig, photo Jefopera
Se rendre à Leipzig sans écouter son célèbre orchestre du Gewandhaus aurait été aussi triste que d'aller à Cabourg sans voir la mer. Je m'y étais donc pris plusieurs mois à l'avance pour acheter mon ticket et crois même l'avoir réservé sur internet avant le billet d'avion.

Invité à diriger, Louis Langrée, que je n'avais pas revu depuis 1998, à Amiens, avait concocté un programme franco allemand aussi généreux que séduisant : de Mozart, la 31ème symphonie dite "Paris" et la symphonie concertante pour violon et alto, de Ravel, Le Tombeau de Couperin et Ma Mère l'Oye.

Quelques mots sur cet orchestre, que l'on dit le plus ancien du monde.

Son histoire commence en 1743, quand une dizaine de bourgeois prospères et mélomanes embauchent 16 musiciens pour fonder le Grand Concert, la première formation orchestrale instituée qui ne soit attachée ni à une église ni à une cour. En 1781, le Grand Concert prend le nom d'Orchestre du Gewandhaus à l'occasion de la construction d'une salle de concert dans la halle aux tissus « gewandhaus » de Leipzig.

L'effectif s'agrandit selon les souhaits des chefs permanents qui se succèdent à sa tête, au premier rang desquels Felix Mendelssohn, à la baguette de 1835 à 1847. De nombreux grands musiciens se produisent dans le premier Gewandhaus, notamment Liszt, Berlioz et Clara Schumann. La famille Schumann, comme les Mendelssohn, habite d'ailleurs tout près, de l'autre côté du boulevard qui ceinture la vieille ville. Leurs maisons sont encore ouvertes au public et la visite en est très émouvante.

Les musiciens et le public commençant à se sentir à l'étroit dans la salle de concert, un deuxième Gewandhaus, beaucoup plus spacieux, est construit en 1884. Très sévèrement endommagé lors des bombardements de la ville en 1944, il sera rasé en 1968 avant de faire place à un troisième Gewandhaus, inauguré en 1981, pour le bicentenaire de l'orchestre.

De grands chefs se sont succédés à sa tête, notamment Arthur Nikisch, de 1895 à 1922, qui étendit le répertoire aux compositeurs contemporains, Brahms, Richard Strauss, Bruckner, Mahler mais également Reger et Schönberg. Le jeune Furtwängler, qui lui succèda quelques années, continua sur cette lancée avant de céder la place à Bruno Walter en 1929. Mais la montée du nazisme obligea ce dernier à quitter son poste et à fuir l'Allemagne.

En 1989, c'est autour du Gewandhaus et de son chef Kurt Masur que se déroulent les grandes manifestations de Leipzig qui précipiteront la chute de la RDA. Aux cris de « Wir sind das Volk » (« Nous sommes le peuple »), la foule envahit places et églises et reprend en mains son destin, au terme de 40 années de dictature communiste.

Je prends place en haut de la salle, à côté d'un monsieur très sympathique, abonné depuis de nombreuses années. Il m'explique que la musique est toujours aussi importante dans la vie des habitants de Leipzig et que dans de nombreuses familles, comme la sienne, chacun des enfants joue d'un instrument. Je m'en étais rendu compte au cours de promenades en ville, percevant ça et là quelques notes s'échappant d'une fenêtre ouverte, et croisant fréquemment de jeunes musiciens se rendant au conservatoire ou à une répétition.

Exprimant ma crainte d'être placé un peu haut dans cette salle aux dimensions impressionnantes, je suis rapidement rassuré par mon voisin qui me confirme que l'acoustique est partout excellente. Aux premières notes du Tombeau de Couperin, je suis enchanté par le son clair et équilibré de l'orchestre, dont on perçoit avec une rare précision tous les instruments, même dans les pianissimos. Les cordes sont puissantes et veloutées, les cuivres sonnent à la perfection et les pupitres de bois sont tenus par des musiciens qui n'ont rien à envier aux meilleurs solistes.

Le concert avançant, je réalise que si j'ai déjà eu le plaisir d'écouter de bons orchestres, je n'ai jamais -à part sans doute avec la Philarmonie de Vienne, il y a une dizaine d'années- ressenti une aussi forte impression de précision et de plénitude. Notamment dans Ma Mère l'Oye, où se révèlent de nombreux détails d'écriture et d'orchestration qui m'étaient jusqu'alors passés inaperçus. Les enchaînements harmoniques, les attaques et les dynamiques épousent la perfection.

Acclamé, Louis Langrée ne cache pas son bonheur. Le mien est entier, au point que la première chose que je fait en rentrant à la maison est de réserver deux places à Pleyel pour octobre prochain. L'orchestre vient en effet cet automne à Paris pour une intégrale Brahms, avec son chef titulaire, Riccardo Chailly qui, dans cette video, nous fait découvrir son orchestre avec un bel enthousiasme.





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