samedi 1 juin 2013

Vive l'opéra français !

Hier matin, à Strasbourg, après une belle soirée d'opéra français (Les Pêcheurs de perles, avec Annick Massis), j'ouvre Le Figaro et découvre cette interview de Jérôme Deschamps.

La journée commence on ne peut mieux.


"INTERVIEW - Rencontre avec Jérôme Deschamps, principal maître d'œuvre du retour en grâce de l'opéra français.

Après le succès de Ciboulette, revu et corrigé par Michel Fau, le directeur de l'Opéra-Comique, Jérôme Deschamps, signe lui-même la mise en scène de Mârouf, savetier du Caire. 



LE FIGARO. Quel regard portez-vous sur «l'opéra de grand-papa»? 

Jérôme DESCHAMPS. Ma position est qu'il ne faut pas sous-estimer ces ouvrages. Ce qui est trop souvent le cas aujourd'hui. Vous ne pouvez pas savoir ce que j'ai entendu, de la part de dizaines de directeurs de maison d'opéra, quand j'ai annoncé que nous monterions ­Ciboulette cette année. «Cela ne mar­chera jamais, me disait-on. L'humeur a changé, ce n'est pas pour rien que ces ouvrages ne sont plus joués.» C'est une vieille spécialité française de mépriser l'opéra français.

LE FIGARO. Lorsqu'on reprend de tels ouvrages, vaut-il mieux jouer la carte de la nostalgie, ou les remettre  au goût du jour? 

Jérôme DESCHAMPS. Ni l'un ni l'autre. Jouer la carte de la ­reconstitution, ce serait montrer ce type de pièces comme une chose poussiéreuse, à qui l'on fait l'insigne honneur de la sortir de sa vitrine pour la montrer au public. La modernisation idiote et racoleuse telle qu'on la pratique aujourd'hui n'est guère mieux. Elle donne l'impression que l'on s'efforce de ­sauver une œuvre qui, à mon sens, n'en a pas ­besoin.

LE FIGARO. Quel serait le bon entre-deux? 

Jérôme DESCHAMPS. Des œuvres comme Mârouf ou Ciboulette possèdent une indéniable qualité musi­cale. Dès lors que vous leur redonnez vie avec les bonnes personnes, dans le bon endroit - en l'occurrence une maison de charme comme l'Opéra Comique - et avec cet esprit de fantaisie qui les caractérise, ça ne peut que marcher! Prenons le cas de Mârouf : un regard naïf de 1914 sur l'Orient, avec son lot de femmes disponibles, de Mille et Une Nuits, de bruta­lité et de châtiments… Il y a deux ma­nières d'interpréter ces clichés: avec le regard grave de celui qui dénonce, convoquant barbelés et kalachnikovs. Ou avec la naïveté bienveillante de celui qui s'amuse à rêver l'Orient. Moi, je suis pour la fantaisie. Pour ne pas faire comme si le public d'aujourd'hui n'était plus capable d'écouter un conte ou de sourire à l'évocation de tel retournement de situation totalement absurde.

LE FIGARO. Avec la crise, le public a-t-il plus soif  de fantaisie? 

Jérôme DESCHAMPS. Les gens ont toujours soif de spectacles qui sortent de l'esprit de sérieux. Surtout, je crois qu'ils ont vraiment envie de retrouver, à l'opéra, ce rapport tendre entre public et artistes qui s'est perdu et ne subsiste plus qu'au théâtre. À l'opéra, si un chanteur rate un aigu, vous le sortez avec des sifflets. Au théâtre, quand un acteur oublie son texte, on l'applaudit. Mârouf et ­Ciboulette sont de ces ouvrages susceptibles de créer du lien. Avant l'avènement d'une bourgeoisie guindée, qui s'est ­accaparé l'opéra comme un ­privilège, on chantait Rossini dans les bistros autour de ­l'Opéra-Comique."


3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

C'est bien à toi (et à Jérôme Deschamps) de défendre l'Opéra français apparemment plus estimé (et plus joué) à l'étranger que dans l'hexagone...
Remarque justifiée aussi sur le public d'opéra, souvent odieux (surtout à Paris)...
Bon dimanche à toi.
Ps : tu sembles satisfait de la représentation des Pêcheurs de perles ?

MartinJP a dit…

Cela fait plaisir à lire, en effet. Je pense aussi qu'il y aurait place à Paris pour une scène entièrement vouée à l'opérette....

ElsaT a dit…

Message à faire passer à France TV qui ne diffuse jamais d'opérette et fait passer les opéras à minuit.....réservant le prime Time à de la daube