lundi 15 avril 2013

Mécénat musical

Dans les années 80, alors étudiant à Sciences Po, j’eus la chance de suivre un séminaire passionnant sur la politique culturelle. Il était dirigé par Jacques Rigaud, l’ancien président de RTL, disparu en décembre dernier. Un sujet qu'il connaissait parfaitement car il y avait consacré une grande partie de sa vie professionnelle, notamment au cabinet de Jacques Duhamel - qui fût ministre des affaires culturelles au début des années 70 - et à l’UNESCO - dont Rigaud fût le directeur général adjoint de 1975 à 1978.

Je le revois encore très bien, avec ses lunettes rondes et son noeud papillon, ouvrant son cours sur une évocation de Laurent le Magnifique et de tous ces princes italiens qui, à la Renaissance, protégèrent et firent travailler tant d'artistes. Rigaud rappelait aussi très justement que quelques siècles plus tard, sans le soutien des aristocrates viennois qui leur passaient commande et assuraient parfois leurs fins de mois, Mozart, Haydn et Beethoven n’auraient sans doute jamais écrit plusieurs de leurs plus belles oeuvres.

Les princes d’aujourd’hui ne s’intéressant plus à la musique, d’autres acteurs ont repris le flambeau. Dans les pays anglo-saxons, les entreprises et les particuliers. En France, où après 1945, l'Etat puis les collectivités locales ont largement assuré ce rôle, le mécénat d’entreprise a pris un essor assez tardif. Et c’est en partie grâce à Jacques Rigaud, qui en fût l’infatigable avocat, qu’il s’est progressivement développé. La situation reste bien sûr modeste en comparaison des Etats-Unis ou de l'Allemagne, mais plusieurs mécénes, au premier rang desquels l'assocation Mécénat Musical Société Générale, dont j'ai récemment rencontré quelques uns des animateurs, jouent un rôle aussi discret qu'efficace dans la vie musicale.

Créée en 1987, la Fondation Société Générale pour la Musique, devenue en 1991 l’association Mécénat Musical Société Générale, est dotée d'une équipe dédiée et d’un budget annuel de 1,5 million d’euros, ce qui permet de faire pas mal de choses. L’action se développe dans plusieurs directions :

- Mécénat Musical finance plusieurs projets pédagogiques visant à faire découvrir et aimer la musique. Ainsi, avec son soutien, l’orchestre des jeunes Demos (Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale) réunit 450 enfants de 7 à 12 ans issus de quartiers ne disposant pas de structures permettant de pratiquer la musique classique. La démarche poursuivie associe une pédagogie fondée directement sur la pratique instrumentale et un suivi éducatif complet, assuré à la fois par des musiciens professionnels et des acteurs du champ social.

- Les initiatives soutenues par Mécénat Musical Société Générale s’adressent également au grand public. C’est le cas par exemple des Concerts de Poche, concerts courts et de grand répertoire organisés dans de petits lieux conviviaux, qui font découvrir à un public généralement néophyte une musique vivante, pour un prix inférieur à celui d’une place de cinéma. C’est aussi le sens du soutien aux DVD Les leçons de Musique ou Les clés de l’orchestre de Jean-François Zygel, dont le talent pédagogique et l’enthousiasme communicatif contribuent à ouvrir la musique classique à un large public.

- Les lieux manquant souvent aux musiciens pour répéter ensemble et préparer leurs représentations, la banque met une salle à la disposition de jeunes musiciens soutenus par l’association. Deux formations de musique de chambre, le Quatuor Zaïde et l’Élixir Trio, ont ainsi élu domicile dans les tours de la Société Générale, à La Défense.

- Mécénat Musical soutient également la saison de concerts organisée par les Bouffes du Nord, un rendez-vous annuel autour de la musique contemporaine à l’occasion du Festival d’Automne ainsi que la saison musicale de l’auditorium du musée de Grenoble. 

- Partenaire de huit orchestres et formations, qui donnent environ 400 concerts et représentations chaque année, en France et à l’étranger, Mécénat Musical a accompagné notamment les premiers pas de La Chambre Philharmonique et a conforté les activités du Poème Harmonique et du Concert d’Astrée. La Fondation soutient aujourd'hui un tout nouvel orchestre jouant sur instruments anciens, Insula. Créé et dirigé par Laurence Equilbey - qui nous a ravi en février dernier à la Salle Favart dans une merveilleuse Ciboulette - il doit jouer jeudi prochain à la Salle Gaveau un programme Mozart et Schubert.

- Depuis 1988, Mécénat Musical Société Générale est le partenaire du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon. Au sein de chacune de ces deux institutions, des bourses sont attribuées chaque année à des étudiants en 2e et 3e cycles ; elles permettent aux lauréats de concrétiser des projets qui parachèvent leur formation et facilitent leur insertion professionnelle (stages à l’étranger, master classes, préparation de concours internationaux, aide à l’achat d’instrument ou de matériel informatique, etc.).

- Enfin, Mécénat Musical a engagé une politique de constitution d’un fonds d’instruments anciens et contemporains. Dans ce cadre, vient d'être organisé un concours de jeunes violonistes à l'issue duquel 6 lauréats ont reçu chacun un instrument, en prêt pour 3 ans.





4 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Cet article m'a bien intéressé..Le Mécénat est certainement appelé à se développer en France (et ailleurs) à une époque où l'Etat est de mois en moins en mesure d'intervenir (cf : ce qui se passe en Italie).
Ps (qui n'a rien à voir) : je vois que "tu es allé à la même école" que mon épouse, pas la même promo...
Amitiés.

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, et cela est très bien pour la vie artistique...
Amitiés
JeF

RobertVincennes a dit…

Belles intiatives, le Mécénat me semble beaucoup plus sain pour la vie artistique que l'interventionnisme public....

MartinJP a dit…

De toute façon, vu l'état de nos finances publiques, le mécénat privé à certainement de l'avenir, et finalement tant mieux, l'Etat et les collectivités locales ont financé tellement de stupidités (IRCAM, colonnes de Buren, FRAC, etc....)