vendredi 5 avril 2013

Gérard Oberlé fait revivre Marc-Antoine Muret

Gérard Oberlé est un personnage comme on n'en fait plus. Romancier de talent, bibliographe expert dans les poètes néo-latins, gastronome de haut vol, il est aussi l'auteur de trois polars rigolos et crapoteux mettant en scène un personnage truculent qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau. 

Oberlé est aussi un mélomane averti et c'est à ce titre que je l'ai découvert, il y a une dizaine d'années, alors qu'il tenait une savoureuse chronique sur France Musique -le recueil a été publié sous les titres La vie est un tango, Flammarion, 2003, et La Vie est ainsi fête, Grasset, 2007.

A l'exception de ses pensums sur les poètes néo-latins, je crois avoir lu tous ses livres. Avec tellement de plaisir qu'en véritable gourmand, j'avais même mis de côté, pour la bonne bouche, la biographie qu'il a écrite il y a maintenant quatre ans sur Marc-Antoine Muret.

Un personnage hors du commun que ce Muret (1526-1585), professeur de latin et poète dans cette langue, ami de Ronsard et maître de Montaigne. Un contemporain a dit de lui : Pour un penchant contre nature, Muret fût condamné à Paris, brûlé en effigie à Toulouse, chassé de Venise. Pour le même penchant, Rome lui accorda la citoyenneté.

Il est vrai qu'à cette époque, l'Eglise préférait financer Michel-Ange et les travaux de la Basilique Saint-Pierre que de suventionner les manifestations contre le mariage pour tous. Autres temps autres moeurs.

En biographe talentueux, Oberlé s'identifie fortement à Muret et le fait parler à la première personne, un peu comme faisait Françoise Chandernagor avec Mme de Maintenon. Enfin, la comparaison s'arrête là :

Longtemps, j'ai pensé que la volupté était l'assaisonnement qu'un dieu sage et généreux dispensait aux hommes pour améliorer une vie qui, sans elle, serait fade et ennuyeuse... Toute ma vie, j'ai chéri la liberté, les livres, la musique, la table, le vin et les beaux lurons. A cinquante-huit ans, mon lot de délices et de peines n'est que la récompense ou la rançon de mes convictions et de mes penchants.

Le ton est donné. Du début à la fin, j'ai beaucoup ri, car abondent traits d'esprit, aphorismes, mots rares et expressions oubliées. Oberlé met aussi en scène une galerie pittoresque de personnages, comme le poète Etienne Jodelle, dont il dresse un portrait à la fois affectueux et désopilant.

On suit Muret dans ses rencontres, ses amours et ses voyages, de Poitiers à Rome, en passant par Bordeaux, Paris et Venise. C'est d'ailleurs dans cette ville que se termine la narration. Mais la vie de Muret ne s'arrête pas sur la lagune et il lui reste encore de nombreuses années à vivre, à Rome notamment. Un peu sur ma faim, je me demande pourquoi ce vieux farceur d'Oberlé stoppe d'un coup le fil de son récit. La flemme de continuer ou peut-être, dans une dernière facétie, le coup de la Chartreuse de Parme ?

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

S'arrêter à Venise : un bon choix, non ?
Tu me donnes envie de lire ce livre...
Amitiés.

jefopera@gmail.com a dit…

Tu passeras un bon moment avec ce très bon libre, aussi érudit que drôle....