samedi 23 mars 2013

Tchaïkovsky et les deux lions

Lorsque l'on franchit les portes du Londra Palace, il est impossible d'échapper au souvenir de son plus illustre pensionnaire, Piotr Tchaïkovsky. 

Le compositeur russe y séjourna, à la chambre 106, du 2 au 16 décembre 1877 et travailla sur les trois premiers mouvements de sa quatrième symphonie. Il comptait même l'appeler "Do Leoni" (Les Deux Lions) en honneur du lion de Saint Marc et du lion anglais. Le restaurant de l'hôtel, une des meilleures tables de Venise, a d'ailleurs gardé le nom. 

Nous n'avions pas la chambre 106 mais la 314, et la vue sur la lagune et San Giorgio était vraiment magnifique.

La création de la symphonie eut lieu en février 1878 à Moscou sous la direction de Nicolaï Rubinstein, en présence de la bienfaitrice du compositeur, Madame von Meck, qui demanda par télégramme à Tchaïkovsky, alors en déplacement à Florence, de lui révéler le contenu programmatique caché dans sa musique. Le compositeur lui répondit : 

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre. Comment résumer les émotions diffuses que l’on ressent en composant une œuvre instrumentale dépourvue de sujet précis ? Il s’agit d’un processus purement lyrique, d’une confession en musique longuement mûrie qui, par sa nature même, finit par prendre forme sonore, exactement, comme un poète s’exprime à travers ses vers. La seule différence est que la musique dispose de ressources incomparablement plus puissantes et d’un langage plus subtil qui lui permettent de traduire une infinie variété d’émotions

Il y a une bonne centaine d'enregistrements disponibles et beaucoup sont de très bonne qualité. J'ai lu d'excellentes choses sur une version historique de Wilhelm Furtwängler, assez méconnue, chez EMI en 1951, en studio avec les Wiener Philarmoniker. On cite plus souvent les versions des chefs russes Rojdestvenski et Svetlanov mais je ne les connais pas. Haitink, que j'ai écouté récemment, m'a paru, comme souvent, lourd et empesé. D'une récente confrontation sur France Musique, la version Abbado est sortie en tête mais je n'ai pas vraiment été convaincu.

Mravinsky (1960, Philarmonie de Leningrad, DG) et Karajan (1976, Berliner Philarmoniker, DG) restent mes versions de référence. Deux approches très différentes, la première survoltée, implacable, d'une intensité dramatique extraordinaire, la seconde plus ample, lyrique et généreuse. A mi chemin entre les deux, j'aime aussi l'enregistrement de Neeme Jarvi avec l'orchestre de Göteborg, une lecture plus simple mais très claire, limpide et bien rythmée.

Voici Daniel Barenboïm, à la tête de l'Orchestre de Chicago, dans le troisième mouvement. C'était à Carnegie Hall pour l'ouverture de la saison 1997 :

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Oh la la !
Je n'ai pas la chance d'avoir séjourné dans ce palace, ni d'avoir dégusté un repas au Do Leoni".
C'est donc ici que cette 4° symphonie que j'aime beaucoup est née (je posséde en cd la version de "Abbado-Vienne 1976" que tu évoques ainsi qu'une video que j'ai enregistrée en 2007 "Eschenbach et orchestre de Paris" pas mal du tout ; j'ai noté des 2 versions préférées.)
La vue sur San Gorgio est splendide (c'est du campanile de St Georges qu'on a la vue, à mon avis la plus magnifique sur Venise et sa lagune ; j'en rêve à l'avance..)
Je te souhaite un trés bon week-end.
Amitiés

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, on s'est fait un petit plaisir...
Tu as raison pour la vue du campanile de San Giorgio, elle est magnifique.
Je ne connais pas la version Eschenbach mais j'aime bien ce chef, à découvrir donc.
Bon week end