vendredi 29 mars 2013

Gastronomie flamande

Rendez-vous au Nouveau Siècle, salle de concert vaste et confortable. C'est un peu la maison de l'Orchestre national de Lille et je me dis qu'il a bien de la chance de jouer dans un endroit aussi agréable.

Le maestro Evelino Pido était à la baguette pour un programme appétissant.

En amuse-bouche, retour à Venise avec des fanfares composées par Gabrielli, à la fin du XVIème siècle, pour les fastueuses cérémonies à la basilique Saint Marc. Deux pièces polyphoniques peu connues qui mettent en valeur le talent des cuivres lillois.

Puis, en hors-d'oeuvre, la symphonie concertante pour instruments à vent, pièce que j'aime beaucoup, composée par Mozart lors de son séjour à Paris en 1778. C'est une oeuvre brillante qui donne aux quatre solistes (cor, clarinette, basson et hautbois) l'occasion de montrer leur virtuosité. Mais au lieu du plat léger, piquant et savoureux que l'on était en droit d'attendre, c'est une épaisse terrine flamande que l'on nous servit, un roboratif potjevleesch dont la première bouchée fait risquer l'étouffement.

Tempo mollasson, attaques flasques et peu précises, texture épaisse, voire pateuse, je sens la paresse et la routine traverser les pupitres de cordes. Pourtant, le chef, qui semble monté sur ressorts, se démène comme un diable et les solistes sont excellents. Mais rien à faire, ce Mozart est aussi ennuyeux que la pluie un soir de novembre le long d'un canal.

Comme je suis bon public, je cherche des raisons de me satisfaire de ce que j'entends et me dis que j'ai certainement l'oreille déformée par les instruments anciens et les attaques nerveuses des orchestres baroques. Mais non, cela ne tient pas. Il suffit de réécouter les enregistrements sur instruments modernes que Georges Szell et Bruno Walter ont gravés il y a plus de 50 ans, aussi tendres et légers que pétillants et plein de fougue.

Le morceau s'écoule mais rien ne se passe, mes pensées divaguent, je commence à m'ennuyer ferme. La musique, diable, et en plus celle de Mozart, c'est comme une potion, ça doit faire effet rapidement, donner envie de danser et de battre la mesure dans les passages vifs, faire rêver et émouvoir dans les mouvements lents. Là, il ne se passe rien et j'attends que cela se termine, dans une molle indifférence.

L'estomac lourd, je redoute la sauce dans laquelle va nous être servi le plat de résistance, la copieuse symphonie de César Franck.

Je profite de l'entracte pour boire une petite coupe de Champagne. Jetant un oeil sur le programme, je découvre un vilain texte mal rédigé dressant la liste des poncifs lus et relus sur la symphonie : longueur, lourdeur, orchestration épaisse et sans relief, etc, etc. Je me dis qu'il est heureux que cette inepte brochure n'ait pas été distribuée avant la vente des billets car la salle aurait certainement été vide ce soir, puis me mets à rire en imaginant un chef écrire sur sa carte : ragoût douteux de bas morceaux cuits et recuits baignant dans une sauce grasse sur un lit de légumes avariés. C'est vraiment n'importe quoi. La liste des mouvements n'est même pas mentionnée.

Le plat est pourtant meilleur que sa description permettait de le redouter et l'on sent que l'Orchestre de Lille est plus à l'aise avec le grand répertoire romantique qu'avec Mozart. Il est vrai que le chef continue de se démener et semble à tout instant sur le point de chuter sur les premiers violons. Lesquels, soit dit en passant, auraient bien besoin de cela pour se réveiller : couverts par des cuivres et des vents de bonne tenue, les cordes manquent vraiment de vigueur ; les violoncelles et les contrebasses sont même quasiment inaudibles.

Toujours soucieux de trouver de nouvelles circonstances atténuantes à ces sympathiques musiciens, je me dis que mon oreille est déformée par une trop longue fréquentation des orchestres allemands aux cordes puissantes et voluptueuses. Mais là encore, non et non, objection rejetée : il suffit d'écouter par exemple ce que fait Louis Langrée à la tête de l'Orchestre philarmonique de Liège -qui n'a rien de teuton- pour s'assurer, dans une interprétation moderne, pleine de vie, équilibrée, que la symphonie de Franck n'a rien du ragoût lourdingue et indigeste que voudrait nous faire avaler le plumitif des programmes lillois.

Rassasié mais peu satisfait, je rentre à l'hôtel commander une infusion digestive.

3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Tu oses évoquer un ragout douteux et gras, un jour de Vendredi Saint !
La faute à qui à l'orchestre, ou au chef, ou aux deux ?
Pourtant je me souviens d'une superbe "Somnanbule" remarquablement dirigée au Met par... Evelino Pido (avec Dessay et Flores).
Bonne nuit et ....Bonne Fêtes de Pâques.
Amicalement
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Pido est en effet un excellent chef d'opéra, et je crois qu'il a fait de son mieux pour secouer cet orchestre fâché avec Mozart.
Mon ragout baignant dans une sauce aux yeux n'est pas du meilleur goût, j'en conviens bien volontiers.....
Allons plutôt chercher les oeufs dans le jardin.
Excellent week-end à toi aussi

MartinJP a dit…

Beurk !