jeudi 24 janvier 2013

Le roi William

On sait que le succès d'un voyage dépend souvent moins de la beauté des lieux visités que des caprices de l'appareil digestif, des aléas de la météo, de la hargne des moustiques et des humeurs de vos compagnons. 

Il en est de même des concerts et des spectacles. Comment en effet se concentrer sur un mouvement de symphonie ou se laisser emporter par les vocalises de la soprano quand la grosse dame devant vous se gratte la tête et tousse sans arrêt, quand la migraine vous assaille ou quand vos genoux sont comprimés contre le siège de devant ?

Rien de tout cela hier soir à la Salle Favart, bien heureusement, mais une forte crainte que la soirée soit compromise par les effets d'un jet lag récalcitrant. 

A mon habitude, je pris une part de quiche et un morceau de gâteau dans un petit self où se rejoignent souvent les musiciens qui doivent jouer à l'Opéra Comique. Je m'y suis un jour retrouvé assis à côté de John Eliot Gardiner mais j'étais trop tétanisé pour oser engager la conversation. Accompagné de plusieurs de ses musiciens, il était là, portant son plateau, simple, à l'aise, solaire et avenant.

Hier soir, de charmantes violonistes papotaient de tout et de rien, picorant dans leur salade et sirotant un gobelet de thé. Dans l'angoisse de m'assoupir, je pris deux cafés serrés et regagnai ma place, un excellent fauteuil de deuxième rang, juste derrière William Christie.

Le chef américain dirigeait David et Jonathas, tragédie biblique en cinq actes de Marc-Antoine Charpentier dont j'ai récemment parlé.

On sait qu'à cause de Lulli, qui avait monopolisé à son profit la représentation d'opéras, Charpentier dût se rabattre sur les oeuvres sacrées, d'où ce David, oratorio à la française dont l'écriture musicale est si belle et si dramatiquement puissante qu'on peut aisément envisager une mise en scène. Bon, la Salle Favart aurait pu se dispenser de cette contrainte et donner David en version de concert au lieu d'affubler le spectacle de vilains décors "intérieur de cercueil en sapin clair" et de fanfreluches balkaniques "à la Cour du roi Zog".

Oublions vite ce bric-à-brac pour saluer la performance magistrale de Christie et de ses Arts Florissants, toujours au sommet dans ce répertoire français qu'ils épousent, servent et dominent à la perfection. 

Du plateau vocal, convainquant et homogène, tenu d'une main de fer par le chef, émerge la soprano Ana Quintans, bouleversante dans son interprétation de Jonathas.

Ovationné comme il se doit, Christie, dans son français élégant, prend la parole pour remercier l'un de ses mécènes, à qui est dédiée la soirée. Il est droit, mince et élégant sans son habit impeccable et ses chaussettes de cardinal. La salle redouble d'applaudissements, le chef est heureux et Jef est resté éveillé. Saül peut aller se coucher, le roi, c'est bien William.


2 commentaires:

JCMEMO a dit…

Bon ! je n'ose pas trop te l'avouer, mais de Marc Antoine Charpentier, je ne connais que le "Te Deum"....
Bonne soirée.

MartinJP a dit…

Moi également, un peu peur que cette musique m'ennuie, mais je note votre enthousiasme.