jeudi 26 avril 2012

Pour toutes les folles d'opéra

Créé au milieu des années 1990 à New York par James Jorden, directeur d'opéra au chômage, le site http://parterre.com/ s'est rapidement imposé comme une mine d'infos inépuisable et souvent très drôle sur l'actualité lyrique.

Mis à jour de façon quasi quotidienne, présentant pleins d'extraits videos, il est bien connu des utilisateurs d'Itunes grâce à "Unnatural acts of opera", podcast mis en ligne dès 2005.

Pour le présenter, James Jorden se glisse dans la robe à paillettes de "La Cieca", une drag queen bavarde et extravagante, parfois accompagnée, dans les épisodes les plus récents, par son vieil ami Milton.

Rappelons que La Cieca fait référence à un personnage de La Gioconda de Ponchielli, la mère de l'héroïne, vieille dame aveugle, qui fût jadis injustement accusée de sorcellerie ; sur le plan vocal et dramatique, le rôle est assez proche d'Ulrica dans le Bal Masqué. C'est donc Le rôle de Grande dame qui sied parfaitement à notre charmante présentatrice.

Chaque épisode est introduit par la même formule rituelle : "The only podcast where Opera is king and you, the leasteners, are queens". Le ton est donné.

Près d'une centaine de podcasts sont aujourd'hui disponibles gratuitement sur Itunes ou en téléchargement direct sur le site. Chaque épisode correspond généralement à un acte. Les versions proposées sont le plus souvent d'excellente tenue, certaines historiques, la plupart prises sur le vif au cours de représentations. Il ne faut vraiment pas hésiter.

mercredi 25 avril 2012

Le spectre de la rose

Lorsque l'une des plus grandes cantatrices chante l'une des plus belles mélodies de l'un des plus grands compositeurs :


Le spectre de la rose (Théophile Gautier)

Soulève ta paupière close
Qu’effleure un songe virginal ;
Je suis le spectre d’une rose
Que tu portais hier au bal.
Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d’argent de l’arrosoir,
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir.

Ô toi qui de ma mort fus cause,
Sans que tu puisses le chasser
Toute la nuit mon spectre rose
A ton chevet viendra danser.
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe, ni De Profundis ;
Ce léger parfum est mon âme
Et j’arrive du paradis.

Mon destin fut digne d’envie :
Pour avoir un trépas si beau,
Plus d’un aurait donné sa vie,
Car j’ai ta gorge pour tombeau,
Et sur l’albâtre où je repose
Un poète avec un baiser
Ecrivit : Ci-gît une rose
Que tous les rois vont jalouser

dimanche 22 avril 2012

Sainte Anne au Louvre

A l’occasion de la restauration de La Vierge à l’Enfant avec Sainte Anne, le musée du Louvre présente jusqu'au 25 juin une formidable exposition autour de cette oeuvre majeure de Léonard de Vinci, certainement l’une des plus célèbres avec La Joconde. 

Le début de la lente et complexe genèse du tableau remonterait à 1501, date de sa première mention dans la correspondance d’Isabelle d’Este. Léonard de Vinci ne cessa ensuite de perfectionner cette composition ambitieuse, qu’il laissa inachevée à sa mort en 1519.

Cette exposition rassemble tous les documents permettant de comprendre la genèse et l’influence extraordinaire de ce chef-d’oeuvre : archives, études de composition, dessins préparatoires (extraordinaire série de dessins prêtés par la reine Elisabeth d'Angleterre) et copies d’époque reproduisant des versions transitoires de ce même tableau.

Commencée vers 1500 et terminée dix-neuf années plus tard, cette oeuvre a fait l’objet de nombreuses retouches et d’innombrables études, illustrant ainsi la façon très particulière que Léonard de Vinci avait de retravailler ses oeuvres jusqu’à atteindre la perfection recherchée. 

La restauration tout juste achevée de la Sainte Anne l’a métamorphosée en faisant réapparaître les couleurs vives qui s’étaient assombries avec les siècles et certains détails devenus invisibles :


samedi 21 avril 2012

Cima au Luxembourg

Promenade au Luxembourg puis visite d'une très belle exposition consacrée à Cima da Conegliano (1459-1517).

Aux côtés de Giovanni Bellini et de Vittore Carpaccio, Cima compte parmi les grands peintres qui travaillent à Venise à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, à l’époque où la ville devient un des pôles les plus brillants de la Renaissance italienne. 

L’exposition présentée au Musée du Luxembourg jusqu'au 15 juillet prochain réunit des œuvres exceptionnelles, dont de grands tableaux d’autel qui, pour la première fois, sont présentés hors d’Italie.

Ce qui surprend dans ces tableaux dont les sujets sont tous religieux, c'est le talent avec lequel Cima peint la nature, les paysages de son enfance, baignés de lumière, encadrés de montagnes et de collines. On apprend en visitant cette exposition très instructive que nul autre avant lui n’a su rendre avec autant de talent l’atmosphère argentée et légère de la Vénétie. On le croit sans peine.

Ne pas hésiter à aller sur le site du Musée du Luxembourg, très bien fait :


Puis sur le blog de JCMEMO :


Et enfin regarder deux videéos, disons... très différentes :


Un Comte Ory de référence

Allez, aujourd'hui, je laisse la plume à mon ami et correspondant blogueur JCMEMO, dont je partage totalement l'enthousiasme. J'espère juste qu'il ne m'en voudra pas car je ne lui ai pas demandé l'autorisation.

"Un plaisir immense que de pouvoir, grâce au DVD, "savourer" à nouveau cette remarquable représentation donnée au MET le 9 avril 2011, sous la direction de Maurizio Benini et retransmise en direct dans certains cinémas Pathé/Gaumont.

Gioachino Rossini (1792-1868), une quarantaine d'opéras mais aussi bien d'autres oeuvres dont le magnifique Stabat Mater.

Le Comte Ory (1828), composé juste avant le fameux Guillaume Tell (1829), son dernier opéra. 

Dans Le Comte Ory, Rossini reprend en grande partie la partition du Voyage à Reims (1825), ouvrage de commande pour le couronnement du roi Charles X (à noter l'excellent enregistrement du Voyage réalisé lors du Festival de Pesaro en 1984 sous la direction de Claudio Abbado avec une distribution prestigieuse).

Le Comte Ory, c'est une musique brillante qui pétille comme du champagne, un livret délirant, un peu paillard, désopilant. Le Met nous en a offert une représentation triomphale sous la direction musicale du chef italien Maurizio Benini. Une mise en scène enlevée de Bartlett Sheru dans un dispositif scénique astucieux (de Michael Yeargan) qui permet toutes les fantaisies.

L'ensemble de la distribution (des trois "vedettes" au choeur) est à louer sans réserves : tous se sont montrés à l'aise aussi bien scéniquement que vocalement. Le baryton français Stéphane Degout et le baryton basse italien Michele Pertusi, le ténor péruvien Juan Diego Flores, remarquable belcantiste.

Tout aussi remarquables la mezzo-soprano américaine Joyce DiDonato et la soprano colorature allemande Diana Damrau".

JCMEMO

jeudi 19 avril 2012

En hommage à Bruno Walter

Puisant dans son inestimable catalogue, EMI vient de publier un très beau coffret de 9 CD en hommage à Bruno Walter. Il s'agit de ses premiers enregistrements, la plupart avec la Philarmonie de Vienne. Le repiquage est d'excellente qualité et ça ne gratouille presque pas ; pourtant, la plupart des enregistrements datent des années 30. Le coffret contient quelques merveilles qui justifient à elles-seules son achat.

Le programme est bien sûr très viennois. De Mozart, à qui Walter vouait une affection particulière, nous allons trouver plusieurs ouvertures et symphonies, le 20ème concerto avec le maestro au piano et un bouleversant Requiem au Théâtre des Champs Elysées avec Elisabeth Schumann.

Beethoven et Schubert sont au rendez-vous, avec la Pastorale et l'Inachevée. Il y a un peu de Strauss, des extraits d'une fabuleuse Walkyrie avec Lotte Lehmann et Lauritz Melchior, une 9ème de Malher déchirante, les Kindertotenlieder avec Kathleen Ferrier et quelques petites perles, pour certaines d'entre elles jamais rééditées depuis des lustres.

Fin des années 30. Le paysage musical est dominé par deux monstres sacrés aux styles opposés, Fürtwangler, grandiose, hiératique, héritier de la grande tradition allemande et Toscanini, son exact opposé, célèbre par sa précision, ses tempos rapides et ses colères dévastatrices.

Entre ces deux extrèmes, qui ont quand même bien vieilli, Bruno Walter propose une troisième voie, une voix que l'on décrit souvent comme sensible, sincère, douce, aimante. Le chef ne cherche pas vraiment à montrer ou démontrer, il joue, laisse chanter son orchestre et nous transmet son émotion avec naturel et simplicité. Rien de plus mais c'est déjà tant, et peut-être est-ce là tout simplement la vérité.

Certains seront sans doute surpris par ce style viennois des années 30, avec ses changements de tempo, ces portamenti sur les cordes, ce rubato. Mais comment ne pas être pris lorsqu'on écoute cela :

jeudi 12 avril 2012

Somptueuse Véronique

Bouleversant récital de Véronique Gens, mardi, à la Salle Favart. En écho à la publication du troisième volet de "Tragédiennes", la soprano a présenté un choix de grands airs dramatiques français, de Gluck à Saint-Saens -la plupart de ceux présents sur son enregistrement :


Le récital a suivi un beau crescendo, des premiers airs agités de Mehul, Gluck et Gossec jusqu'à la sublime mort de Didon des Troyens, et en apothéose, le grand d'Elisabeth de Don Carlos "Toi qui sus le néant des grandeurs de ce monde". 

La salle retient son souffle, plus aucun bruit, un silence total, absolu, poignant. Pendant quelques secondes qui semblent une éternité, la terre vient de s'arrêter ; dehors, les oiseaux sont suspendus dans le ciel. Arrêt sur image, le temps que la soprano lance ses sublimes vocalises :

Ovationnée, Véronique offre trois bis, dont cet air bouleversant de Saint-Saens extrait de son Henri VIII, plainte de Catherine d'Aragon, délaissée par son royal époux, pleurant son Espagne natale. Un air bouleversant, qui donne à penser que l'oeuvre lyrique oubliée de Camille Saint-Saens mériterait sans doute d'être ressuscitée (ici à la Sculoa San Rocco,  à Venise, concert organisé par le Palazetto Bru-Zane) :

mardi 10 avril 2012

Dialogue avec une muette

Jef : Mon dieu qu'il fait chaud !

La Muette : A qui le dites-vous, moi qui dois aller tout à l'heure danser sur scène. Enfin, danser, pas vraiment, plutôt me contorsionner dans une espèce de transe. On va me prendre pour une hystérique, je ne suis pourtant pas la Salomé. Ah, je puis vous assurer que ce n'est pas ce que je voulais faire, mais vous savez, les metteurs en scène et leurs idées bizarres...

Jef : Vous dansez ?

La Muette : Il faut bien que je fasse quelque chose, je dois être la seule héroïne d'opéra qui n'ouvre pas le bec de la soirée.

Jef : Non ?

La Muette : Je vous l'assure.

Jef : C'est une histoire belge ?

La Muette : Vous ne pensez pas si bien dire. Personne ne se souvient que c'est moi qui ait déclenché la révolution belge de 1830. Essayez d'imaginer : le 25 août 1830, après un triomphe à Paris deux ans plus tôt, je suis représentée à Bruxelles. Après le grand air du 2ème acte, Amour sacré de la patrie, le public en rage sort dans les rues, est rejoint par des centaines de personnes ; on se saisit d'armes, Bruxelles est mise à sac et l'indépendance est proclamée le 4 octobre. Pas mal pour une pauvre muette. Il est vrai que les bruxellois se reconnaissaient bien dans mon histoire de révolte du peuple napolitain contre les espagnols.

Ecoutez-moi :

Mieux vaut mourir que rester misérable ! 
Pour un esclave est-il quelque danger ? 
Tombe le joug qui nous accable 
Et sous nos coups périsse l'étranger ! 
Amour sacré de la patrie, 
Rends nous l'audace et la fierté ; 
À mon pays je dois la vie ; 
Il me devra sa liberté.

Jef : Bravo ! Vous chantez ma foi fort bien pour une muette. Cela compense un peu l'oubli dans lequel l'histoire de la musique vous a fait tomber.

La Muette : Vous êtes désagréable, monsieur, et vous ne connaissez rien. Je ne sais pas pourquoi je continue de vous parler.

Jef : Reconnaissez pourtant, chère madame, que l'on ne vous voit plus guère sur scène depuis 100 ans. Et guère plus dans les bacs à disques. Quant à Esprit Auber, votre compositeur, sans la station de RER qui porte son nom....

La Muette : Quand même, je suis montée sur scène plus de 500 fois à Paris jusqu'en 1882 et des milliers de fois à l'étranger et en province. Je serai bien curieuse de savoir qui peut en dire autant.

Jef : Belle performance en effet. Mais aujourd'hui, sans vouloir vous déplaire, chère madame, vous êtes rangée au rayon des curiosités et sans l'Opéra Comique et La Monnaie de Bruxelles, des milliers d'amateurs auraient fini leurs jours sans vous connaître.

La Muette : Et ce serait tant pis pour eux. Des amateurs, vous les avez vus à côté de vous, ces demi notables de chef lieu de canton habillés au "décrochez-moi ça", trainés par bobonne à la salle Favart et privés d'une bonne soirée foot bière ? Vous appelez cela des amateurs ? Moi, monsieur, des amateurs, des vrais, j'en ai eu plus qu'aucune oeuvre ne pourra en avoir. A commencer par Richard Wagner, qui m'aimait d'une passion sans limites.

Jef : Vous n'êtes pourtant pas vraiment son genre.

La Muette : Qu'en savez-vous, jeune blanc-bec ? Je suis sans doute l'un des opéras les pus importants de l'histoire de la musique. Et Richard, lui, le savait très bien.

Jef : Ah bon ? Et pourquoi donc ?

La Muette : Parce que j'ai lancé un style, un style qu'ont adopté Rossini, Donizetti et Verdi dans plusieurs de leurs plus beaux opéras, un style d'où Wagner est sorti, un style sans lequel Berlioz n'aurait jamais écrit Les Troyens ni Gounod son Faust.

Jef : Et quel est donc ce style ?

La Muette : Mais le Grand Opéra, monsieur, le Grand Opéra à la française. Vous devriez le savoir, vous qui vous targuez de connaitre l'art lyrique.

Jef : Vous parlez du style à la Meyerbeer ? Mais enfin ma pauvre dame, plus personne ne s'intéresse à cela, c'est complètement dépassé ces 5 actes avec ballet obligé, fanfares, marches et défilés, grands effets de foule, trompettes et tambours, ploum ploum tagada tsin tsouin.... 

La Muette : Vous êtes franchement déplaisant, freluquet. Dites plutôt que vous n'y entendez rien. Ah vous me faites bien rire, les mélomanes du XXème siècle qui vous pamez sur des niaiseries baroques ennuyeuses comme la pluie et ignorez tout de votre patrimoine.

Bon, je vous laisse car on m'appelle sur scène. J'ai perdu trop de temps avec vous. Essayez, pour une fois de ne pas écrire trop de sottises dans votre article. Enfin, si l'envie vous prend de venir me revoir, je suis à la Salle Favart jusqu'au 13 avril, servie par d'excellents chanteurs, un bel orchestre et de très beaux danseurs qui ne vous cacheront rien de leur anatomie.

Ah, je vois déjà briller vos yeux, vieux cochon ! Cette fois je me sauve, je suis en retard.