jeudi 6 décembre 2012

Alleluia !

Le Messie est à l'affiche à la Halle aux Grains, le 12 décembre prochain. L'Ensemble Matheus sera dirigé par Jean-Christophe Spinosi, le choeur de chambre Les Eléments par Joël Suhubiette et les parties solistes chantées par Adriana Kucerova (soprano), David Lee (contre-ténor), Topi Lehtipuu (ténor) et Christian Senn (basse).
  
Le plus célèbre de tous les oratorios a été écrit en 1741 à Londres sur un livret en anglais de Charles Jennens. Sa création, le 13 avril 1742 à Dublin, rencontra un vif succès mais sa réception à Londres, un an plus tard, fût beaucoup moins enthousiaste. Les bigots de l'époque reprochèrent en effet à Haendel d’avoir fait jouer Le Messie par des artistes d'opéra, en plus dans un théâtre et non dans une cathédrale.
  
Envoyée aux oubliettes, l'oeuvre allait pourtant connaître une rapide et prodigieuse résurrection. Elle fût déjà montée plusieurs fois du vivant de Haendel. Après la mort de ce dernier, de nombreuses sociétés chorales dans toute l’Europe s’en emparèrent. Comme les indications d'orchestration de Haendel n'étaient pas très précises, on bricola un peu la partition selon les goûts et les moyens à disposition. Mozart lui-même transposa Le Messie en allemand en l’orchestrant en fonction des musiciens qu'il avait sous la main. Et il chipa au passage quelques idées pour son futur Requiem, notamment un choeur de la première partie.
  
Ces libertés, qui horrifiaient les ayatollahs baroqueux des années 80, étaient en fait monnaie courante à l'époque et Haendel lui-même ne se privait pas d'y avoir recours. D’un concert à l’autre, il modelait en effet son œuvre, transposant des airs pour mieux les plier à la tessiture des solistes dont il disposait, confiant telle partie au ténor plutôt qu’à la basse, remplaçant un récitatif par un chœur, un air de violon par une mélodie de flûte, etc.
  
La discographie du Messie, très abondante, est à l'image de ces évolutions et offre tout le spectre d'interprétations possibles, du style bibendum, avec plusieurs centaines de choristes et orchestre philarmonique ronflant jusqu'à certaines visons anorexiques post-modernes, avec une poignée de chanteurs maigres et renfrognés, deux ou trois instruments et une basse continue.
  
J'ai découvert Le Messie dans son intégralité il y a bien longtemps, sur France Musique, dans la belle version qui venait de sortir au début des années 80 sous la baguette de Jean-Claude Malgoire. J'avais été très impressionné par la richesse mélodique de l'oeuvre, son rythme et sa force dramatique soutenue, des premières mesures de l'ouverture jusqu'au point d'orgue final.
  
Quelques jours après cette découverte, l'un de mes oncles, invité à dîner à la maison, me demanda -pour la première fois- ce que je désirais comme cadeau de Noël. Je lui répondis sans hésiter : Le Messie dirigé par Malgoire !
  
Mes parents furent un peu gênés car les disques coûtaient cher. Mais mon oncle revînt quelques jours avant Noël avec ce cadeau qui me remplit de joie. Le coffret devait effectivement être onéreux car jamais plus il ne me demanda ce que je voulais, ni me fît de nouveau cadeau.

Voici Jean-Christophe Spinosi à l'oeuvre, avec une mise en scène "Six feet under" qui ne sera heureusement pas reprise à Toulouse :

1 commentaire:

JCMEMO a dit…

C'est une de mes premières émotions musicales (bien avant les années 80....)
Alleluia !