mardi 27 novembre 2012

Venise à Paris


Hasard du calendrier, deux musées parisiens présentent une rétrospective Canaletto.

J'ai commencé par Jacquemart-André. Longue file d’attente dans le corridor ouvert aux quatre vents donnant accès aux caisses. Rebelote en haut de l'escalier, avant de pénétrer dans les salles d'exposition. Mais aucun regret, bien au contraire.
 
Le grand intérêt de l'exposition est de confronter Canaletto aux autres vedutistes vénitiens, notamment Guardi, ce qui permet de comprendre la personnalité et la technique de chaque artiste. Je découvre avec un grand intérêt comment le parcours des deux peintres a évolué en sens inverse, Canaletto vers une précision photographique, Guardi vers une liberté pleine de sensibilité.

Tout est présenté simplement, dans un souci de clarté très appréciable. Certes, les salles sont petites et la foule très dense, mais avec un peu de patience et d'organisation, on parvient à éviter les mémés dures de la feuille qui ont réglé leur audiophone au maxi. Je me suis même trouvé à plusieurs reprises seul et tranquille en face de l'un des tableaux de la collection privée de la Reine d'Angleterre (l’expo de Jacquemard-André en présente quatre).
 
Le musée Maillol dispose d’espaces plus grands où la scénographie peut ménager aux visiteurs d’agréables perspectives. Beaucoup plus de toiles de Canaletto et bien moins de monde.
 
Sur chaque tableau, un double regard : d’abord la peinture en elle-même, la technique prodigieuse de l’artiste, la beauté des couleurs et des lumières, tous ces petits personnages, parfois amusants, souvent touchants, qui apportent la vie à ces décors somptueux qui n’ont presque pas changé depuis le XVIIIème siècle.

Et puis, la rêverie. Les noms de lieux, de palais, d'églises et les souvenirs qui reviennent à chaque pas.
 
La découverte de Venise, en juillet 1983. Le gouvernement socialiste, qui craignait la fuite des capitaux, avait limité à 2000 francs la somme que l'on pouvait emporter à l'étranger et obligé les voyageurs à consigner toutes les opérations sur un « carnet de change ». Arrivés à Venise à la fin d’un séjour qui avait épuisé la quasi-totalité de notre argent (il fallait vivre 3 semaines avec moins de 300 euros par personne), n’ayant pas trouvé d'hôtel bon marché, nous avions passé la nuit place Saint-Marc sur les fauteuils de la terrasse du Quadri. Le serveur avait fermé les yeux et les Carabiniers étaient bon enfant. Pouvait-on d'ailleurs rêver d’une plus belle chambre à coucher ?
 
Le lendemain à l'aube, descente du Grand Canal, ligne 1 du vaporetto. Je serais sans doute dans l’excès en prétendant y avoir été frappé d’un syndrome de Stendhal mais, la fatigue et les privations aidant (merci Mitterrand), j’ai d'un coup tourné de l’œil et failli tomber à l’eau -ce qui m’aurait d’ailleurs valu l’honneur de voir mon nom imprimé dans le Gazettino, qui publiait encore à cette époque la liste des gens tombés dans le canal.
 
Quelques années plus tard, la visite de San Alvise, sur les traces de Barrès, en compagnie d’une dame charmante et érudite, les figures et costumes du Carnaval émergeant des brumes du matin, le feu d’artifice somptueux tiré pour la fête du Rédempteur, le Bellini siroté au Harris Bar, attablé entre deux Américaines faites et refaites qui semblaient n’avoir plus quitté le zinc depuis la mort d’Hemingway...

Et puis les bains de mer au Lido, le thé chez la Comtesse Mocenigo un après-midi de mars, l'odeur inoubliable de la pluie salée et du lilas au petit matin, dans une ruelle déserte du Dorsoduro, après une viste de La Salute....

Arrête-toi, Jef, tu radotes.
 
A peine rentré à la maison, j’allume le PC, met sur la chaine l'un des deux récitals Vivaldi de Philippe Jaroussky et vais regarder sur le site d’Air France. Ce sera peut-être pour mars.


4 commentaires:

MartinJP a dit…

Il y a également en ce moment une belle exposition Guardi à Venise, au Musée Correr je crois.
Mais il me semble que vous comptez vous y rendre...

jefopera@gmail.com a dit…

Vous avez raison, il y a ce matin dans Le Figaro un papier enthousiaste d'Adrien Goetz sur cette expo. je crois qu'elle sera malheureusement terminée lorsque je serai à Venise....

JCMEMO a dit…

De toute façon tu pourras aller voir ou revoir la Ca'Rezzonico qui,outre les merveilleuses fresques de Tiepolo, possède une belle collection de Canaletto et Guardi...(en vieillissant j'ai une petite préférence pour ce dernier )
A bientôt !
(PS : Nous pensons à un nouveau séjour à Venise en juin prochain.)

jefopera@gmail.com a dit…

Normalement, c'est bon pour la mi mars, avec l'espoir qu'il ne pleuvera pas trop