mercredi 7 novembre 2012

Magdalena Kozena chante Carmen

Ce que l'on sait, c'est que la première de Carmen, le 3 mars 1875, à l'Opéra Comique, fût un terrible fiasco. Musiciens et choristes médiocres, changements de décor prennant un temps considérable -si bien que la salle se vida peu à peu. Et puis le public et la presse de l'époque, scandalisés par cette histoire sulfureuse montrant avec réalisme, voire crudité, les passions tragiques et violentes de personnages issus du peuple.

On sait aussi que, bouleversé par cet échec et la violence des réactions, Bizet contracta une angine puis partit se réfugier dans sa maison de Bougival, se baigna quelques semaines après dans l'eau glacée de la Seine, fût pris dès le lendemain d'une crise aiguë de rhumatisme articulaire et mourut d'un infarctus dans la nuit du 2 au 3 juin. Pauvre Bizet, qui ne sût jamais que sa Carmen allait bientôt devenir l'un des opéras les plus célèbres et les plus représentés au monde.
  
Ce que l'on ne sait pas, en revanche, c'est que Carmen a gagné sa popularité dans une version pas vraiment fidèle à la volonté artistique du compositeur. A la veille de sa mort, Bizet avait en effet signé un contrat avec le Vienna Court Orchestra et demandé pour cela à son ami Ernest Guiraud de transformer les dialogues parlés, propres à l'opéra comique français, en récitatifs chantés, plus séduisants pour le public européen. Il procéda également à des coupures et à l'insertion d'un ballet adapté d'une oeuvre antérieure.
  
Ce n'est qu'en 1964 que le musicologue allemand Fritz Oeser établit une édition critique de la version originale, après avoir découvert dans une bibliothèque parisienne une partition manuscrite de Bizet antérieure à celle qui fût publiée en 1875.
  
C'est cette version de l'oeuvre que Simon Rattle a récemment enregistrée à la tête de la Philarmonie de Berlin. Version étonnante, qui révèle de très belles surprises. A commencer par la Carmen elle-même.
  
Avec sa blondeur éthérée et sa distinction un peu glacée, Magdelena Kozena semblait a priori peu désignée pour incarner la gitane mangeuse d'hommes : Je n'ai rien de Carmen reconnaît la chanteuse, ni physiquement ni vocalement. Je savais depuis le début que ma prise de rôle ne serait pas appréciée par tout le monde mais j'ai aussi appris que Carmen est le type de personne qui ne se soucie aucunement de ce que les autres pensent, aussi ai-je décidé que je ne m'en soucierai pas moi-même. Voila qui est bien dit.
  
Rattle expose sa conception du rôle : Les grandes interprétations très lyriques de Carmen, avec des voix de poitrine et beaucoup de vibrato, ne correspondent pas à ce que voulait Bizet. Il faut se rappeler que l'oeuvre a été créée à paris, à l'Opéra Comique, une salle plutôt petite. Et puis, les vraies arias sont destinées à Don José et Micaela. Carmen, elle, évolue dans un style plus proche du cabaret, plus léger.

Le résultat surprend, bien sûr, mais quoi de plus excitant que d'être surpris par une oeuvre que l'on croit connaître par coeur ?








5 commentaires:

JCMEMO a dit…

Certainement passionnant : j'ai lu quelque part que l'orchestre était absolument somptueux..
En attendant de découvrir Magdelena Kozena que je ne connais ps..."Ma Carmen" actuelle est toujours Antonacci (je posséde deux versions avec elle, l'une avec Kaufmann en 2008 à Londres, l'autre à l'Opéra Comique en 2009 sous la direction de Gardiner).
Amitiés
PS : A tout hasard je te signale que Mezzolive diffuse actuellement la trés belle production du Faust de Gounod donnée en décembre 2011 au Met avec Kaufmann, Pape, Poplavskaya sous la direction de Nézet-Séguin.
Par ailleurs bien noté ta perception complètement différente de la mienne sur "Skyfall".

MartinJP a dit…

Quant à moi, je n'ai pas encore trouvé Ma Carmen....

jefopera@gmail.com a dit…

Moi non plus !

Anonyme a dit…

voir Antonacci bientôt à Bastille

jefopera@gmail.com a dit…

De très mauvaises critiques pleuevnt en ce moment sur la production de Bastille...... Je ne sais pas trop quioi faire