dimanche 11 novembre 2012

Le roi mélancolique

Près de Ségovie, dans le village de San Ildefonso, se trouve le palais de La Granja, construit au XVIIIème siècle par le roi Philippe V. 

Petit-fils de Louis XIV, désigné roi d'Espagne à l'âge de 17 ans par la volonté du roi Charles II qui n'avait pas d'héritier, Philippe V fût le premier Bourbon d'Espagne. Il est le lointain aïeul de Juan Carlos.

Le roi fonda de prestigieuses institutions culturelles, comme l'Académie royale espagnole, approuvée en 1714, à qui il donna pour mission de fixer les sons et les mots de la langue castillane dans leur plus grande propriété, élégance et pureté. 20 ans plus tard, il créa l'Académie royale d'histoire antique et moderne, politique, civile, ecclésiastique, militaire, de la science, des lettres et des arts, c’est-à-dire, des diverses branches de la vie, de la civilisation et de la culture du peuple espagnol.

Mais je ne vais pas raconter son histoire, cela serait bien trop long. Sur ce sujet, je me permets de conseiller l'excellente biographie de Philippe Erlanger.

Juste une anecdote.

Vers 1735, le roi sombra dans une étrange léthargie, passant des journées entières dans ses appartements, sombre, taciturne, négligé dans sa personne et délaissant les affaires du royaume. On parla de mal du pays, de tristesse, de mélancolie. L'on dirait aujourd'hui dépression et c'était sans doute cela.

Au cours de l'année 1737, la reine Elisabeth Farnese, sa seconde épouse, apprit que Farinelli était à Madrid. Elle le manda à la Cour et lui demanda de choisir dans son répertoire quelques morceaux propres à redonner un peu de gaieté à son époux.

Lorsque le roi entendit les premiers sons de la voix de Farinelli, un léger sourire éclaira son visage, comme s’il se réveillait d’un rêve pénible. Voulant voir de plus près celui auquel il devait ce bonheur, il fit venir le chanteur, le complimenta et lui demanda quelle récompense il voulait. 

L’artiste, qui était sans doute instruit de la réponse qu'il avait à faire, dit au roi de sortir de son appartement, de prendre soin de sa personne et de s’occuper des intérêts de ses états. Ce qu'il fit. Philippe V se leva et demanda à présider le conseil de ses ministres où il n’avait pas paru depuis longtemps.

Farinelli fut auprès de Philippe V ce qu’avait été le jeune David auprès du vieux roi Saül, un médecin de l’âme, un enchanteur qui, par quelques sons mélodieux, faisait revenir le soleil dans le cœur d'un monarque mélancolique.

Farinelli resta à la cour de Philippe pendant plus de vingt ans.


8 commentaires:

JCMEMO a dit…

Une étude à faire : De l'influence de la musique sur nos politiciens actuels...
Peut-être une page blanche !
Amitiés
PS :à ma grande surprise, j'ai été enthousiasmé par "la tempête" de Ades "vue" au ciné, hier soir, depuis le Met.

jefopera@gmail.com a dit…

Notre président serait-il aussi mélancolique ?

je ne connais pas du tout cette "tempête" : opéra contemporain ?

MartinJP a dit…

L'un des bonheurs du grand âge est de quitter la France pour plusieurs mois...... Sitôt revenu je reprends mes habitudes d'intenaute et découvre tous vos posts.
Il me semble donc comprendre que vous êtes allés en Espagne, sur les traces du petit-fils de Louis XIV.....
Je n'avais pas du tout aimé le film de Corbiau (bien mauvais cinéaste)....

Anonyme a dit…

Muchas gracias de Espana

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour votre fidélité et ce message sympathique !

Anonyme a dit…

j'apprends plein de choses sur ce blog
Fred

Phil56 a dit…

Vous auriez du parler d'Alberoni, sur un blog gay...

jefopera@gmail.com a dit…

Jefopera n'est pas un "blog gay", c'est un peu réducteur. Il y a une sensibilité gay, bien sûr, mais le sujet de loin le plus prégnant est la musique est l'opéra.

Pour Alberoni, pourquoi pas dans un prochain post, ce serait effectivement amusant de faire revivire ce personnage haut en couleurs