mardi 16 octobre 2012

Saint-Saëns l'Africain

Camille Saint-Saëns est l'auteur de 12 opéras. 

Quelques uns portent des noms délicieux : La Princesse jaune (1872), Le Timbre d'Argent (1877), Ascanio (1890), Phryné (1893), Frédegonde (1895), Proserpine (1897), Les Barbares (1901), Hélène (1904), L'Ancêtre (1906) et le dernier opus du maître, Déjanire (1911). 

D'autres évoquent des évènements historiques précis, comme Étienne Marcel (1879) ou Henry VIII (1883).

L’œuvre lyrique de Saint-Saëns est cependant tombée d'un bloc aux oubliettes, à l'exception de Samson et Dalila (1877), souvent enregistré et régulièrement proposé à l'affiche des opéras du monde entier. 

A l'automne 2000, alors que je travaillais à New York, le Met donna Samson et Dalila et j'eus le grand bonheur de pouvoir y écouter Placido Domingo. Ce n'est toutefois pas de Placido Domingo ni du MET que je vais vous parler dans ce billet mais d'un aspect assez méconnu de la personnalité du compositeur.

Écoutons d'abord Elina Garanca chanter Mon coeur s'ouvre à ta voix :

  
Resté longtemps célibataire, Saint-Saëns se marie en 1875, âgé de 40 ans, avec une certaine demoiselle Truffot. Elle n'a que 19 ans, n'est pas bien fufute mais a le grand avantage d'être la fille d'un industriel fortuné, maire du Cateau-Cambrésis. De toute évidence, pour Saint-Saëns, ce mariage est bien plus une contrainte sociale qu’un réel désir. Sa femme lui donne quand même deux garçons, qui meurent tous deux en 1878, l’un d’une chute et l’autre de maladie. Le couple se déchire et le compositeur se sépare de sa femme, visiblement soulagé. Il multiplie alors les voyages en Algérie et en Égypte, officiellement parce que 'l'air convenait mieux à sa santé'. Ben voyons.

Des témoignages de l'époque relatent en fait que Saint-Saëns a plusieurs fois fait l'objet de chantages concernant son orientation sexuelle ; on le savait en effet a la tête d'une certaine fortune, ce qui rendait la manœuvre intéressante. On lui a aussi prêté des amants célèbres, comme Reynaldo Hahn, ce qui aurait rendu Marcel Proust fou de jalousie...

A l'instar de Tchaïkovsky dans Eugène Onéguine, de Szymanowski dans Le Roi Roger ou de Britten dans Billy Bud, Saint-Saëns a peut-être laissé quelques indices dans ses opéras, mais faute d'information facilement accessible sur ces oeuvres oubliées, il est difficile d'aller plus loin dans les investigations.

Le thème de l'Orient est en revanche très présent dans ses compositions, comme dans son 5ème concerto pour piano, dit L'Egyptien, écrit à Louxor en 1895 ; de son mouvement central, bel et savant entrelacs de mélopées arabes, le compositeur disait : c'est un chant d'amour nubien que j'ai entendu chanter par des bateliers sur le Nil. Ceux qui ont visité Louxor et fait la promenade en felouque sauront de quoi il parle.

On trouve aussi quelques réminiscences orientales dans une pièce moins connue, la Fantaisie Africa opus 89, interprétée ici par Philippe Entremont :




6 commentaires:

JCMEMO a dit…

Trés intéressant ton article qui "révèle" un aspect peu connu de la personnalité de St Saëns.
Ne fait-il pas écho à un autre article de ton blog (j'ai cherché en vain...) d'il y a quelques mois ?
Un bonheur que celui d'écouter le sublime "Mon coeur s'ouvre..."
Il se trouve que Samson et Dalila (je te l'ai peut-être dit) est une de mes premières émotions d'opéra : c'est un peu confus dans mon esprit mais je crois l'avoir entendu, alors que j'étais lycéen, un jeudi après-midi à la radio, il y a de ça......passons !
Amicalement.

jefopera@gmail.com a dit…

Tu as raison, il m'arrive de temps en temps de reprendre des articles dont je ne suis pas totalement satisfait ou d'y ajouter des éléments.
En plus, celui-là devrait être repris sur Yagg, donc je tenais à le corriger avant sa publication sur un site ou il sera beaucoup plus lu que sur ce blog.
C'est un peu faire du neuf avec du vieux, ce qui est somme toute assez normal avec l'opéra...

Anonyme a dit…

Saint Saens puis Ravel c'est le grand outing
à quand Poulenc ?
Fred

CM a dit…

Bonjour.
je tombe sur cet article Saint Saens sur votre blog (que je lis assez régulièrement)
faisant partie des études Hahniennes et du "Chantier Hahn" du Palazetto Bru-Zane et travaillant sur ce compositeur depuis un moment, je me permet de vous indiquer que cette rumeur de liaison Saint-Saëns/Hahn est une fausse info qui traîne dans une mauvaise bio de Saint-Saëns (info non prouvée, ni étayée par aucun écrit/correspondance du temps) (mais quand même, quel hoax réjouissant sur la "fureur" de Proust !) — S.S. n'a été que l'un des maîtres de Reynaldo (qui, par ailleurs, était déja trop âgé pour les goûts du Camille en question - 21 ans, pensez!)
Voilà, je vous le signale au passage et au cas où.
cordialement,
ChM

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour cette précision.
Le hasard nous jouant parfois de curieux tours, je serai à Venise dans une semaine, et envisageai d'aller visiter le Palazetto Bru-Zane.
Peut-être aurai-je le plaisir de vous y saluer ?
Bien cordialement
JeF

CM a dit…

Bonjour Jeff.
Non, je ne travaille pas à la Fondation, je suis un chercheurs externes avec lesquels la fondation collabore...vous ne me verrez donc pas à Venise.
Mais à Paris, quand vous voulez ! :)
amitiés
ChM