mercredi 5 septembre 2012

Rienzi au Capitole

Jamais représenté en France depuis sa création parisienne en 1869, toujours rare en Allemagne, Rienzi va ouvrir la saison 2012-2013 du Capitole de Toulouse. La mise en scène a été confiée à Jorge Lavelli et la direction musicale à Pinchas Steinberg. Torsten Kerl, le Siegfried de la Tétralogie récemment montée à Bastille, chantera le rôle titre. 

Le Capitole a donc mis le paquet pour cette oeuvre Kolossale que le chef Hans von Bülow qualifiait de "meilleur opéra de Meyerbeer".

C'est vrai que les wagnériens se frottent toujours les oreilles et ne reconnaissent pas leur maître lorsque retentissent les lourdes fanfares et les innombrables dzim boum boum de cet avatar du grand opéra à la française.

On en trouve en effet tous les ingrédients :

1- un sujet historique : l'ascension et la chute du dictateur Rienzi qui prit le pouvoir à Rome au XIVème siècle alors que la ville était déchirée par les conflits sanglants qui opposaient les familles Orsini et Colonna.

2- des effets de scène impressionnants : 90 chanteurs sur scène, défilés, fanfares, combats, mouvements de foule, incendie de Rome. C'est du Cecil B. de Mille à l'opéra. Il y a même un divertissement dansé, totalement incongru dans l'univers wagnérien.

3- une structure rigide : la partition est divisée en ensembles, duos et airs, quelques uns parait-il ornés de jolies vocalises belliniennes.

Certes, on perçoit ça et là que Wagner commence à utiliser l'orchestre pour commenter l'action et quelques thèmes récurrents semblent annoncer le système des leitmotivs. Mais il faut quand même bien dresser l'oreille car tout cela est englué dans un Kolossal Flonflon qui donne de lourds arguments à ceux qui trouvent Wagner pesant et bruyant. C'est sûr, on n'est pas dans les harmonies célestes de Lohengrin et de Parsifal.

Créé en octobre 1842 à Dresde, Rienzi connût pourtant un immense succès. Rappels, reprises, gains financiers, Wagner ne vivra pratiquement jamais plus un tel triomphe. Pourtant, il fut parait-il terrifié, le soir de la première, de constater qu'après quatre heures de musique, il restait encore deux actes à chanter. 

Le rideau à peine tombé, Wagner fit donc plusieurs coupes sévères dans la partition, réduisant la durée de près de deux heures. Mais il ne fût en réalité jamais satisfait du résultat et ne voulut pas que Rienzi soit représenté à Bayreuth (il devrait l'être toutefois pour le Jubilé de 2013, mais pas au Festspielhaus).

En écrivant Rienzi, le jeune compositeur, qui en est à son troisième essai lyrique, n'a donc pas encore trouvé le style et le vocabulaire appropriés au tumulte de ses idées. Il faudra encore attendre une année, avec le Vaisseau Fantôme.

Rendez-vous le 10 octobre, je viens d'acheter une place.


1 commentaire:

MartinJP a dit…

Je vous souhaite bon courage, car, comme vous lé décrivez, cette oeuvre bruyante m'effraie assez ; j'attends donc votre relation non sans impatience.