jeudi 30 août 2012

Lumière et grincements à la villa Savoye

Poissy, villa Savoye, photo Jefopera
Une petite pause entre deux visites de demeures royales. Excursion hier à Poissy pour découvrir la Villa Savoye, une des plus belles réalisations de Le Corbusier.

Construite entre 1928 et 1931 pour Pierre Savoye, fondateur de la grande société de courtage en assurances du même nom, cette maison de week-end, que les propriétaires baptisèrent "les heures claires", est souvent présentée comme l'aboutissement des recherches formelles de Le Corbusier, lequel a formulé ses théories en cinq points :

1- Les pilotis : en utilisant les pilotis, Le Corbusier fait de sa création une "boîte en l'air" dont le soubassement se fond dans l'herbe environnante.

2- Les toits jardins : la toiture plate devient terrasse accessible et peut être plantée ; le bâtiment se détache nettement sur le ciel par sa ligne horizontale.

3- Le plan libre : grâce au béton armé, la maison est libérée des murs porteurs et séparatifs ; les poteaux portent les planchers et l'agencement du plan est libre ; des cloisons légères suffisent alors à séparer les espaces.

4- La façade libre : les façades étant indépendantes de la structure porteuse, elles se posent librement sur les pilotis ; leur composition est dictée par les vues depuis l'intérieur.

5- La fenêtre en longueur : non porteuses, les façades peuvent être percées largement par de longues fenêtres qui apportent lumière et transparence.

Le Corbusier disait que la maison était posée sur l'herbe comme un objet, sans rien déranger. La première impression est en effet celle d'une sorte d'OVNI atteri au milieu d'un pré un peu par hasard. On s'aperçoit toutefois très vite que la maison y est totalement à sa place tant l'harmonie avec l'environnement épouse la perfection.

La visite est très agréable et le soleil éclatant magnifie les jeux de lumière voulus par l'architecte. Quelques touristes japonais assis dans l'herbe face à la maison font des croquis et prennent des photos.

La villa a été plusieurs fois restaurée mais elle est restée dans son jus, avec son mobilier intégré d'origine.

En visitant l'intérieur, je suis surpris par la présence de vilaines caisses en bois et me dit que les ouvriers qui ont fait les travaux de rafraichissement récents auraient quand même pu ranger leurs affaires. En y regardant de plus près, je découvre des étiquettes portant un nom et des intitulés obscurs. Il s'agit de "sculptures".

Intrigué par d'affreux grincements et de drôles de cris, je me dirige vers le grand salon et me trouve face à une jeune femme torturant un violoncelle (c'est de la "musique") ; un barbu illuminé arpente la pièce à grands pas en beuglant des phrases sans queue ni tête : cette fois j'ai compris, il s'agit de "poésie".

Je me dis que s'il fallait vraiment une ambiance musicale -la beauté des lieux, le silence et la lumière ne suffisaient sans doute pas- et bien, les gestionnaires auraient pu se souvenir qu'en 1928, quand les travaux de la villa débutèrent, Ravel, qui aimait lui-aussi beaucoup les défis formels, écrivait son Boléro.

En voici un extrait, chorégraphié par Béjart. C'est moderne et c'est beau, comme la villa :


5 commentaires:

JCMEMO a dit…

L'image est juste : un étrange et bel objet OVNI...
J'aime bien aussi l"association avec Bejart.
Mais je me^pose la question : cette maison est-elle simplement un musée...pourait-on y vivre ?, y-a t-on vécu ?
Faux problème sans doute...
Amitiés
PS : je m'absente (Menton) ; 3 jours prévus ( grace à toi ) à Gènes

jefopera@gmail.com a dit…

D'après ce que j'ai pu lire sur place, les propriétaires ne l'ont effectivement que très peu habitée, en grande partie à cause des infiltrations d'eau !

Excellent séjour à Gènes ! Tu vas je n'en doute pas beaucoup aimer, jattends avec impatience tes impressions et photos.

Amitiés

MartinJP a dit…

Les animations culturelles débiles payées avec l'argent du contribuable..... Je comprends votre énervement

Anonyme a dit…

Bien vu et bel article .

jefopera@gmail.com a dit…

Tout cela n'avait ni queue ni tête et gachait un peu le plaisir de la visite. L'argent gaspillé à ces stupidités aurait été mieux employé à restaurer la villa....