vendredi 31 août 2012

Chez la mégère de Sceaux

Orangerie de Sceaux, photo Jefopera
Pas plus grande qu'une enfant de dix ans, elle a de vilaines dents mal rangées. Elle n'est pas très grosse. Elle met horriblement de rouge. Elle a de jolis yeux, elle est blanche et blonde. Quand elle ferme la bouche, elle n'est pas laide.

Voilà comment Madame, Princesse Palatine, présente la duchesse du Maine. Plus exactement Anne Bénédicte Louise de Bourbon-Condé, petite fille du Grand Condé, dans le domaine de laquelle je suis allé me promener.

Melle Delaunay, sa femme de chambre, nous la décrit tourmentant son mari, ses enfants, ses domestiques au point qu'ils ne savent que devenir, manifestant de la hauteur sans fierté, le goût de la dépense sans générosité, de la religion sans piété, une grande opinion d'elle-même sans mépris pour les autres, beaucoup de connaissances sans beaucoup de savoir et tous les empressements de l'amitié sans en avoir les sentiments.

Mariée de force à l'un des enfants naturels de Louis XIV et de la Montespan, la duchesse reprochera toute sa vie à son époux d’être né illégitime (alors qu'elle, était née sans tâche dans le berceau). Elle ne manquait jamais une occasion de se moquer de son claudiquement et l'entraina dans des complots politiques qui le conduiront à connaître les cachots de la forteresse de Doullens, en décembre 1718.

Bon, si l'on en croit Saint-Simon, le duc du Maine n'était pas non plus le mari idéal :

Il avait de l'esprit, je ne dirai pas comme un ange, mais comme un démon, auquel il ressemblait si fort en malignité, en noirceur, en perversité d'âme, en desservice à tous, en service à personne, en morsures profondes, en orgueil superbe, en fausseté exquise, en artifices sans nombre, en simulations sans mesure ; et encore en agréments, en l'art d'amuser, de divertir, de charmer quand il voulait plaire. C'était un poltron accompli de coeur et d'esprit, et à force de l'être, le poltron le plus dangereux et le plus prompt, pourvu que ce fût par-dessous terre, à se porter aux plus terribles extrémités pour parer ce qu'il jugeait le plus avoir à craindre, et se porter aussi à toutes les souplesses et les bassesses les plus rampantes auxquelles le diable ne pouvait rien. Il était, de plus, poussé par une femme de même trempe. Ca, on avait compris.

Parc de Sceaux, photo Jefopera
Ce ménage antipathique, dégénéré et mal assorti réussit quand même à faire sept enfants, dont aucun, toutefois, ne parviendra à procréer. Usée par des siècles de mariages consanguins, la race s'épuise.

Ce n'est donc ni par ses qualités humaines ni par sa beauté que cette virago est restée célèbre mais par le souvenir des fêtes qu'elle fit donner dans son domaine de Sceaux, que son mari avait racheté à la famille Colbert.

Fuyant la morosité du Versailles déclinant, la duchesse souhaitait réunir une cour brillante, qu'elle estimait conforme à son rang. Artistes, poètes et écrivains, quelques uns illustres comme le vieux Fontenelle et Voltaire, fréquentèrent un temps le château de Sceaux.

La duchesse fit aussi donner des fêtes somptueuses, les fameuses Nuits de Sceaux, qui eurent lieu en 1714 et 1715 sous la direction de l’abbé de Vaubrun, ecclésiastique raffiné et débauché, avec la collaboration du compositeur attaché au château, Jean-Joseph Mouret.

Pour les fêtes de l'année 1714, ce dernier composa un charmant opéra, Les amours de Ragonde ou la veillée de village, sur un livret de Philippe Néricault-Destouches. Je ne pourrai pas en décrire le sujet, mais la musique est tout à fait charmante.


4 commentaires:

JCMEMO a dit…

Quelqu'un qui donne des Fêtes somptueuses ne peut pas être complètement mauvais !
A bientôt.
Mes amitiés

jefopera@gmail.com a dit…

Et puis l'on sait que la musique adoucit les mœurs......

MartinJP a dit…

De retour de vacances je retrouve avec plaisir votre blog et ses billets spirituels.
Je me promènerai désormais à Sceaux en pensant à cette duchesse peu commode.

Phil a dit…

Nice music