lundi 16 juillet 2012

L'oublié du Walhalla

Walhalla, photo Jefopera
Pour terminer ce petit voyage en Bavière, une montée au Walhalla.

Rassurez-vous, Jef n'est pas Wotan, il n'est pas mort non plus et, de toute façon, il n'aurait aucun titre pour prétendre rejoindre le séjour des héros de la mythologie nordique.

Le Walhalla que l'on visite est une construction imposante, qui ressemble beaucoup au Parthénon. Il a été édifié sur une haute colline qui surplombe le Danube, près de Regensburg (Ratisbonne), entre 1830 et 1842, sur les plans de l'architecte Leo von Klenze. Louis Ier de Bavière, à l'origine du projet, voulait ainsi rendre hommage aux grands hommes qui illustrèrent la civilisation allemande. Toutefois, contrairement à notre Panthéon, le Walhalla ne contient pas de sépultures mais uniquement des statues et, surtout, une collection de 129 bustes.
Walhalla, photo Jefopera

Recensant les musiciens, je ne suis guère surpris de trouver Bach, Haendel, Mozart, Haydn, Beethoven, Brahms, Wagner et Richard Strauss. Heureux de constater également la présence de Glück, Schubert et Bruckner, mais étonné d'y découvrir l'effigie de Reger.

Peu connu en France (et sans doute aussi ailleurs), Max Reger (1873-1916) est l'auteur d'une oeuvre instrumentale savante et sévère dont je garde, de façon un peu paradoxale, un souvenir amusé.

C’était en Allemagne, justement, il y a plus de trente ans. Les parents de mon correspondant Lutz (un charmant jeune homme aux cheveux noirs et aux yeux de braise) m’avaient emmené à un concert de musique de chambre donné dans la grande salle du château de Marburg. On y jouait des quatuors de Mozart, de Haydn et aussi de Max Reger, que je ne connaissais évidemment pas.

Ayant un peu forcé sur le vin blanc de Moselle, j’avais tenu toute la première partie. Mais la musique austère de Reger me fit définitivement piquer du nez et verser sur la poitrine accueillante de ma voisine de droite. N'appréciant pas l'hommage involontaire rendu à ses formes généreuses, elle me fit reprendre mes esprits d’un vigoureux coup de coude. Ce qui me permit d'écouter la fin du quatuor mais ne suffit pas à me faire apprécier cette musique aussi sèche que le coup de coude que je venais de recevoir. Je m'empressai d'ailleurs bien vite d'oublier Reger et ses tristes compositions.

Mais tout cela n'est pas bien intéressant. Non, il y a quelque chose d’infiniment plus grave que les compositions de Reger : l'incompréhensible oubli de Robert Schumann. J'ai beau chercher, me tordre, me retourner dans tous les sens, non, Schumann n'est pas au Walhalla. Mais qu'a-t-il pu se passer ?

Je me dis que le buste a peut-être été cassé par une femme de ménage maladroite ou a été retiré pour restauration et questionne la grosse dame du guichet. Ne manquant pas d'aplomb, elle me suggère d'écrire à la Chancelière Merkel. Ce dossier la distrairait sans doute de la dette grecque, mais bon....

Je me dis qu'il doit quand même bien exister, quelque part en Allemagne, une société des amis de Robert Schumann, à qui ce scandaleux oubli n'a pu échapper, qu'il faudrait que je cherche sur le net, lance une pétition, ouvre une page Facebook... lorsque retentit la sirène du bateau qui m'a conduit ici. Il est l'heure de quitter les dieux, les héros, les compositeurs et le Walhalla. Et d'écouter quelques pages de Schumann, en attendant d'aller voir son buste au Walhalla.


5 commentaires:

JCMEMO a dit…

Un très beau texte...moi qui ai quelque mal à rédiger, j'admire !
Jamais entendu parler de Max Reger...Tu aurais du briser son buste : ainsi, à ta prochaine visite, il aurait été, peut-être, été remplacé par celui de Schumann !
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Merci beaucoup, c'est très gentil.
À très bientôt
Amitiés
JF

MartinJP a dit…

Cet oubli semble en effet incompréhensible, j'en parlerai à un ami professeur d'allemand

M.LePrDC a dit…

Que dire de l'absence de Mendelssohn?
Je ne résiste pas à vous livrer une anecdote qui me revient à ce propos: quand les autorités nazis ont demandé, en 1936, de déboulonner une statue en pied de Mendelssohn, les exécutants se sont attaqués à celle de Wagner avant qu'on ne vienne promptement les sortir de l'erreur. Wagner en effet avait le nez crochu (on a d'ailleurs parlé ironiquement de cet antisémite notoire comme du "rabbin de Bayreuth"). Il était aussi le compositeur préféré du Führer qui s'est inspiré, bien fâcheusement comme on le sait, de son Rienzi... On suppose que cette statue à servie à la fonte de canon: mobilisation totale oblige...

jefopera@gmail.com a dit…

Merci beaucoup pour ce commentaire et cette anecdote.
Je suis bien d'accord avec vous pour Mendelssohn, dont j'aurais pu parler de la même façon que Schumann. Son rôle à Leipzig, à la tête du Gewandhaus et du Conservatoire, la redécouverte de JS Bach à laquelle il a directement contribué et, bien évidemment, ses compositions musicales mériteraient totalement son entrée au panthéon allemand.
Peut-être serons-nous entendus ?