vendredi 20 janvier 2012

Le tombeau de M. Leonhardt

Après Alexis Weissenberg, Gustav Leonhardt. Peut-être est-ce en mémoire du bonheur que ces deux grands interprètes m'ont apporté que j'ai ressenti une vraie peine en apprenant leur décès, celui du second surtout. La disparition d'artistes aimés m'a toujours été, je n'ai pas honte de le reconnaître, plus douloureuse que celle de vagues connaissances, voisins, collègues ou parents éloignés, avec lesquels, au fond, aucune intimité ne s'est jamais créée.

La peine est d'autant plus forte que le lien s'est installé au cours de l'adolescence, période pendant laquelle, avec la découverte des oeuvres, naissaient de puissantes émotions. Je devais n'avoir que 15 ans lorsque j'ai acheté le 33 tours des Variations Goldberg.

Le lendemain, mes parents avaient invité des amis à souper, un couple de petite taille, plutôt sympathique bien que fort mal assorti. Ils étaient affublés d'une fille sans malice qui, à peine le dessert avalé, me demanda d'aller jouer dans ma chambre, ce qui m'embarrassa quelque peu. Sans vraiment savoir à quoi nous allions jouer, je la fis asseoir sur un fauteuil crapaud très laid, le temps d'installer les sublimes variations sur l'électrophone. Puis je m'assis à l'autre bout de la pièce. Quelques minutes étaient à peine écoulées que la donzelle se levait pour regagner la salle à manger, d'un air maussade et dépité. M. Leonhardt venait de me rendre un beau service, dont je regrette encore amèrement de n'avoir pas davantage médité la leçon.


Aussi suis-je bien honteux de ne lui apporter en tombeau, comme on disait au Grand Siècle, que cette petite histoire sans grand intérêt. Mais j'espère que de là-haut, il ne m'en voudra pas trop, lui qui jouait d'une si belle façon d'autrement nobles tombeaux.

4 commentaires:

JPR a dit…

Très jolie histoire (mais au fait qu'avait donc cette fille en tête?i) qui prouve, si besoin est, que la découverte de la musique et des émotions insondables qu'elle procure emprunte les chemins les plus inattendus. En particulier pendant l'adolescence, et d'une manière qui nous marque à jamais.
Je comprends - et partage - la peine qu'on peut éprouver à la perte de grands musiciens qui nous sont finalement beaucoup plus intimes que certains de nos soi-disant "proches".

JCMEMO a dit…

Ou De l'utilité d'avoir à portée de main une disque des Variations Goldberg...
Non M. Leonhardt ne peut t'en vouloir pour cet émouvant hommge que tu lui rends.
Amicalement
JCMEMO qui a bien du mal à attérir....

JCMEMO a dit…

Et bien oui on entend des Variations Golbergh dans une belle scène du dernier film de C. Eastwood....
A bientôt !

MartinJP a dit…

Peut-être qu'à ce jour la donzelle écoute Bach ? La musique est une maîtresse fidèle qui ne déçoit jamais.