samedi 7 janvier 2012

La petite phrase de Proust

Intitulé "Proust musicien", le bel album que vient d'éditer Decca présente en alternance des extraits d'oeuvres de compositeurs ayant inspiré Marcel Proust dans la création du personnage de Vinteuil (Fauré, Debussy, Franck, Reynaldo Hahn et Saint-Saëns) et des passages de La recherche du temps perdu lus par des acteurs célèbres (Romane Bohringer, Michael Lonsdale et Didier Sandre).

On y écoute notamment ce passage célèbre, que je trouve si beau, dans lequel Proust nous explique que la musique, bien plus qu'un simple assemblage de sons, est un moyen de connaissance, un royaume merveilleux dont l'exploration permet d'approcher et peut-être de redécouvrir le langage absolu et universel, antérieur à la multiplication des langues :

De même que certains êtres sont les derniers témoins d'une forme de vie que la nature a abandonnée, je me demande si la musique n'était pas l'exemple unique de ce qu'aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées, la communication des âmes. Elle est comme une possibilité qui n'a pas eu de suite ; l'humanité s'est engagée dans d'autres voies, celles du langage parlé et écrit. Mais ce retour à l'inanalysé était si enivrant, qu'au sortir de ce Paradis, le contact des êtres plus ou moins intelligents me semblait d'une insignifiance extraordinaire. Qu'étaient leurs paroles à côté de la céleste phrase musicale avec laquelle je venais de m'entretenir ? J'étais vraiment comme un ange déchu des ivresses du Paradis.

On a beaucoup et longtemps cherché où se cachait la "céleste phrase" qui émouvait tant Swann et Odette. Il y a autant de réponses que de spécialistes et d'amoureux de Proust bien sûr. Alors, à chacun sa petite phrase :

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