mardi 17 janvier 2012

Hyacinthe Jadin

En 1760, un certain François Jadin quitte Bruxelles et vient s'installer avec sa famille à Versailles. Il trouve tout de suite à s'employer comme premier basson à la Chapelle Royale, mais comme cela ne paye pas beaucoup, il s'engage aussi comme huissier au service de Madame Victoire, fille de Louis XV.

François a deux fils, Louis-Emmanuel et Hyacinthe, aussi doués l'un que l'autre pour la musique. Lorsqu'éclate la Révolution, les deux frères intègrent la Garde Nationale. En 1793 et 1794, ils participent aux cérémonies célébrant les victoires militaires de la République, aux côtés d'autres grands musiciens de l'époque, Gossec, Pleyel, Lesueur et Kreutzer. Fervent révolutionnaire, Hyacinthe compose un "hymne à l'agriculture" et une "ouverture pour le premier anniversaire de la décapitation du citoyen Capet".

En 1795, âgé d'à peine 20 ans, il est nommé professeur de clavecin au nouveau Conservatoire de musique. Hyacinthe commence à composer, vite et bien, et aborde presque tous les genres -concertos pour piano, musique de chambre, sonates pour piano et même un opéra dont on a perdu la trace.

Tombée pendant deux siècles dans un total oubli, sa musique vient à peine d'être redécouverte. On trouve ainsi quelques sonates pour piano enregistrées par Jean-Claude Pennetier et deux ou trois bricoles, ça et là, publiées par de petites maisons confidentielles. 

Mieux servis, ses quatuors à cordes ont été récemment gravés, pour certains d'entre eux, par les Mosaïques et les Cambini - ces derniers viennent d'ailleurs d'en jouer un il y a quelques jours à la Salle Favart. 

Il faut dire que ce sont des oeuvres magnifiques, qui affirment assez nettement leur filiation avec Haydn (le premier opus lui est d'ailleurs dédié) mais ouvrent aussi des perspectives vers Beethoven et Mendelssohn. Témoignant d'une surprenante maturité d'écriture, ils se caractérisent par un bel équilibre des parties, une excellente maîtrise du contrepoint et surtout, un goût prononcé pour le chromatisme et les enchainements harmoniques inattendus. 

Tout cela traduit une forte personnalité et un style bien marqué qui semblent annoncer de grandes choses. Mais malheureusement, la maladie fait déjà son chemin et Hyacinthe, épuisé par la tuberculose, meurt en 1800 dans la plus grande pauvreté. Comme celles de Mozart, Schubert ou Bellini, sa courte vie semble n'avoir été qu'une course contre le temps.

J'ai cherché en vain les quatuors sur Youtube. En revanche, on peut aller y écouter plusieurs trios qu'un amateur discret et érudit a judicieusement mis en ligne :

1 commentaires:

MartinJP a dit…

Belle découverte. Je crois que la musique instrumentale française a en effet été un peu injustement éclipsée par la musique allemande, et des pans importants du répertoire semblent enfin sortir des cartons.