mardi 1 novembre 2011

Tragédiennes, troisième volet


Au programme du troisième volet de Tragédiennes, on retrouve les Didon, Médée, Andromaque et Iphigénie, déjà présentes dans les premiers volets, mais cette fois coulées dans la rhétorique musicale plus ample de l'opéra romantique.

Comme les précédents, ce récital combine avec bonheur des extraits d'opéras célèbres (Les Troyens de Berlioz, Don Carlos de Verdi, Hérodiade de Massenet) et quelques perles oubliées qui nous font explorer les marges du répertoire, ces interstices un peu mystérieux qui montrent que l'histoire de la musique est bien plus souvent marquée par l'évolution que par la rupture.

Ainsi les inséparables Méhul et Gossec, encore mentionnés dans les manuels d'histoire de la musique au chapitre Révolution Française, mais dont on ne joue plus aucune partition. Du premier, Véronique Gens nous fait découvrir, extrait de son Ariodante, un très bel air, particulièrement expressif, qui semble annoncer la cavatine à l'italienne. Du Thésée du second, la soprano interprète un air de fureur tout à fait saisissant. L'un comme l'autre nous font encore entendre Gluck mais quelque chose semble déjà annoncer Berlioz ou, plutôt, laisse à penser que l'auteur des Troyens devait certainement très bien connaître ce répertoire.

De Saint-Saens, dont l'oeuvre lyrique a quasi intégralement sombré dans l'oubli, Véronique Gens ressucite une belle mélodie, la plainte de Catherine d'Aragon, extrait de son Henry VIII. Le récital nous fait aussi découvrir une page assez surprenante d'un certain Auguste Mermet, l'air d'Alde, tiré de son opéra Roland de Roncevaux (1864) ; là encore, sont réunis tous les ingrédients du grand air romantique, récitatif agité, mélodie cantabile, orage, cabalette, coda et tutti à grand fracas.

Noblesse innée, diction parfaite, souffle tragique, beauté de la ligne vocale, les amoureux de Véronique Gens succomberont une fois de plus à son art magnifique, qui sert à la perfection ce chant français que l'on dit si particulier. Mais on la découvre ici plus sombre, pliant son soprano dramatique au registre plus grave des divas légendaires qui assurèrent la création de ces rôles.

Toujours mené avec fougue par Jean-Christophe Spinosi, l'orchestre des Talens Lyriques trouve facilement la fièvre romantique de ce répertoire. On peut juste regretter que dans le feu de l'action, les musiciens couvrent parfois la chanteuse et que certaines attaques et traits en doubles croches manquent un peu de netteté.

Le récital de Véronique Gens se termine par le grand air d'Elisabeth de Don Carlos "Toi qui sus le néant des grandeurs de ce monde". Les plus grandes l'ont toutes chanté, le plus souvent dans sa version italienne. Mais je ne l'avais encore jamais entendu interprété d'une façon aussi bouleversante.

2 commentaires:

JCMEMO a dit…

Ton texte et la video qui l'accompagne sont tout à fait convaincants.
Je crois que c'est la première fois (?) que j'éntend le magnifique air de Don Carlo(s) dans sa version française.
A bientôt.
Amitiés

jefopera@gmail.com a dit…

Grande grande artiste, que j'aime énormément.....