jeudi 11 août 2011

Pantoum

Le trio de Ravel est l'une des partitions de musique de chambre que je préfère. Délicate, pleine de finesse, elle invite à le réverie et à un certain abandon mélancolique. Son second mouvement porte un nom bizarre, "pantoum". Ecoutons-le :


Le pantoum est un poème de forme fixe dérivé du pantun malais. Et quand on sait que Ravel adorait autant l'Orient que les défis stylistiques et formels, on commence à y voir un peu plus clair.

Sur la forme, le pantoum se compose d'une suite de quatrains à rimes croisées ; il fonctionne sur un système de reprises : le second vers de chacune des strophes devient le premier vers des strophes suivantes. De la même façon, le quatrième vers de chaque strophe devient le troisième vers des strophes suivantes. Enfin, le tout premier vers du poème revient parfois à la fin comme vers final

Sur le fond, le pantoum développe dans chaque strophe, tout au long du poème, deux idées différentes : la première idée, contenue dans les deux premiers vers de chaque strophe, est généralement extérieure et pittoresque ; la seconde, contenue dans les deux derniers vers de chaque strophe, est généralement intime et morale.

Le critique Auguste Dorchain nous dit : « Dans une des notes de ses Orientales, Victor Hugo, en 1828, avait cité, traduite en prose, une poésie malaise de cette forme, d'où se dégageait une séduction singulière, due non seulement à la répétition des vers selon un certain ordre, mais au parallélisme de deux idées se poursuivant de strophe en strophe, sans jamais se confondre, ni pourtant se séparer non plus, en vertu d'affinité mystérieuses.Un poète érudit, Charles Asselineau, essaya de constituer un poème français sur ce modèle, et y parvint. Théodore de Banville marcha sur ses traces ; Leconte de Lisle écrivit à son tour quelques pantoums, sur un sujet qui ramenait le poème à son pays d'origine, car il les intitula : Pantoums Malais. C'était, en cinq courtes pièces, une histoire d'amour, terminée par les lamentations de l'amant, meurtrier de la femme infidèle".

Le poème qui suit est la traduction en prose d'un poème malais par un érudit de l'époque, reprise par Victor Hugo dans les notes des Orientales :

Les papillons jouent à l'entour sur leurs ailes.
Ils volent vers la mer, près de la chaîne des rochers. 
Mon cœur s'est senti malade dans ma poitrine,
Depuis mes premiers jours jusqu'à l'heure présente. 

Ils volent vers la mer, près de la chaîne de rochers.
Le vautour dirige son essor vers Bandam.
Depuis mes premiers jours jusqu'à l'heure présente, 
J'ai admiré bien des jeunes gens.

Le vautour dirige son essor vers Bandam,
Et laisse tomber de ses plumes à Patani. 
J'ai admiré bien des jeunes gens,
Mais nul n'est à comparer à l'objet de mon choix. 

Il laisse tomber de ses plumes à Patani. 
Voici deux jeunes pigeons ! 
Aucun jeune homme ne peut se comparer à celui de mon choix, 
Habile comme il l'est à toucher le cœur.

1 commentaire:

JCMEMO a dit…

Tes connaissances musicales m'impressionnent...Serais-tu musicologue ?
Je reviendrai goûter le Trio de Ravel : là une peite pause estivalo-familiale s'impose...
Amitiés
(Que tu es dur avec le cinéma français !)
A bientôt.