lundi 25 juillet 2011

Ravel et le beau passant

En 1903, Maurice Ravel choisit de mettre en musique trois textes du poète Tristan Klingsor (pseudonyme de Léon Leclère), Asie, La Flûte enchantée et L’Indifférent, qui constituent le cycle Shéhérazade. Le compositeur déclara qu'il avait choisi ces textes car il les considérait comme les moins aptes à être mis en musique. On sait bien qu'il aimait les défis stylistiques et techniques.
 
Avec les 4 derniers lieder de Richard Strauss et les Pictures of the sea d'Elgar, Shéhérazade est l'un des tous plus beaux cycles pour voix et orchestre. Tout y est parfait, structure, respect du texte, élans, sensibilité. Et comme toujours chez Ravel, l'orchestration est somptueuse.
  
Créée en 1904 par la mezzo-soprano Jeanne Hatto, Shéhérazade est habituellement chanté par une voix de femme. Si l'enregistrement de Régine Crespin est une référence insurpassable, on trouve aussi certaines interprétations par des voix d’hommes, qui apportent une couleur particulière, notamment dans L'Indifférent.
  
Tes yeux sont doux comme ceux d'une fille
 Jeune étranger,
 Et la courbe fine
 De ton beau visage de duvet ombragé
 Est plus séduisante encore de ligne.

Ta lèvre chante
 Sur le pas de ma porte
 Une langue inconnue et charmante
 Comme une musique fausse ;
 Entre ! et que mon vin te réconforte...

Mais non, tu passes
 Et de mon seuil je te vois t'éloigner
 Me faisant un dernier geste avec grâce
 Et la hanche légèrement ployée
 Par ta démarche féminine et lasse.
 
Je me suis toujours demandé si Ravel (à qui on ne connait ni ne prête à peu près aucune aventure), n'a pas voulu, en choisissant ce texte pour le moins ambigu, laisser un indice discret sur sa sensibilité amoureuse. Un peu comme le poème que Lawrence d'Arabie a placé en épigraphe des 7 piliers de la sagesse. Mais ce n'est bien sûr qu'une hypothèse.
  

1 commentaire:

JCMEMO a dit…

Tu as remanié ton article (ou plutôt son titre) : j' ai pu enfin écouter et apprécier Felicity Lott et le superbes images.
Le texte du poème est trés beau et certainement qu'une voix d'homme doit donner une toute autre impression à cet "indifférent".
Trés tôt j'ai aimé Ravel : son boléro y est probablment pour quelque chose et même s'il est "rabaché" je l'écoute toujours avec plaisir...
Amicalement.
JC