mercredi 22 juin 2011

Véronique Gens, tragédienne

Tragédiennes, le premier récital de Véronique Gens consacré aux héroïnes de la tragédie lyrique française, couvrait les 17 et 18ème siècles, de Lully à Gluck avec, bien sûr, une large part consacrée à Rameau. C'était il y a 5 ans et ce fût un très grand succès, totalement mérité.

Il y a presque deux ans, Véronique nous a donné un deuxième volet : on repart de Rameau (Les Paladins, 1760) pour aller à Berlioz (Les Troyens, 1863), en passant par Cherubini (Médée), Grétry (Andromaque) et Gluck (Alceste, Orphée et Eurydice). Les airs sont entrecoupés d'intermèdes instrumentaux, le plus souvent des danses. Hommage discret au canon des comédies ballets et des tragédies lyriques, ces moments de respiration permettent aussi de savourer la technique et le nerf des Talens Lyriques et de leur chef, Christophe Rousset.

Ce répertoire exigeant, subtil équilibre où le texte est au moins aussi important que la musique, réclame des interprètes totalement à l'aise sur le plan vocal mais maîtrisant également de façon parfaite l'articulation de la langue française. Ce qui n'est pas évident.

Véronique Gens est absolument exemplaire dans ce récital aussi somptueux que le premier. Avec une classe inouïe, elle donne corps aux figures immortelles de Didon, Médée, Andromaque, Armide, héroïnes fières et dignes dans la douleur, femmes altières, parfois cruelles, dont les tourments, les désespoirs et les fureurs transportent par ce qu'ils ont d'excessif et hors du commun. Beauté sombre du chant, clarté limpide de la ligne vocale, noblesse des intonations, diction parfaite, puissance altière et déchirante, beaucoup de choses très justes ont été dites sur l'art de Véronique.

Ajoutons juste que le récital a également pour grand mérite de faire connaître des oeuvres de compositeurs plus ou moins oubliés, bien qu'ils furent en leur temps des figures éminentes de la vie musicale française : il s'agit de Grétry, Piccini et Sacchini -le professeur de chant de Marie-Antoinette. On découvrira enfin un air bouleversant, extrait de L'Herminie de Juan Crisostomo de Arriaga, jeune violoniste basque espagnol, fauché par la tuberculose dans sa vingt-et-unième année.

Je crois savoir qu'un troisième volet est sur le point de sortir...

2 commentaires:

JCMEMO a dit…

Encore une découverte : Quelle voix chaleureuse ! merci
Amitiés
(PS - seulement visité "la Fenice : une splendeur, un raffinement incroyable - acoustique parfaite : assisté à une répétition de....."La Pastorale" ; j'aurais évidemment préféré "la Traviata" avec Patricia Ciofi prévue en septembre)

jefopera@gmail.com a dit…

Les deux CD sont somptueux, émouvants et la voix de Gens est vraiment superbe. Le troisième devrait sortir en septembre, le répertoire ira jusqu'à Verdi.

Alors, il faut repartir à Venise pour La Traviata ! Tu as du visiter des merveilles. Pour rester dans l'ambiance, je te suggère Attila de verdi, opéra peu connu mais très réussi, qui se passe dans la lagune, à l'époque d'Attila et qui raconte un peu l'histoire des fondateurs de Venise.

Amitiés