samedi 25 juin 2011

Gay Opera

Je me suis souvent demandé pour quelles raisons l'opéra exerçait une fascination aussi forte chez les gays. La littérature sur le sujet n'est vraiment pas abondante.

Pierre Bourdieu (La Distinction, 1979) disait que fréquenter l'opéra est, pour les homosexuels d'origine modeste, autant la manifestation de leur évolution sociale qu'un plaisir. L'opéra serait en fait une sorte de refuge communautaire, un peu comme le terrain de foot pour l'hétéro de base. On aime, un peu, beaucoup ou pas vraiment mais on est heureux de s'y retrouver entre nous. Tout cela ne va pas bien loin et ces explications me paraissent aussi datées que bétassonnes.

Il est plus intéressant d'évoquer la séduction qu'exerce chez nous un monde marqué par le travestissement, l'ambiguïté sexuelle, un monde où les héros de la mythologie ou de l'histoire sont incarnés par des femmes après l'avoir été par des hommes qui n'étaient plus tout à fait des hommes. Un monde où les repères se brouillent et où les distinctions sexuelles deviennent floues.

Un monde qui nous séduit car il est aussi fait de beauté, de raffinement, un monde où poésie, musique, théâtre, décors et costumes s'assemblent dans une démarche artistique globale. Beauté à laquelle on nous prête une sensibilité particulière, ce qui est sans doute vrai.

Wayne Koestenbaum (The Queen's throat: opera, homosexuality and the mystery of desire" 1933) développa la thèse de l'identification des gays à la diva et aux personnages qu'elle incarne, héroïnes tragiques, qui souffrent, aiment et désirent, dans une société violente et souvent cruelle, où les femmes, jouets entre les mains des hommes, n'ont souvent pour seule liberté que celle de donner leur coeur et leur corps. C'est sûr, on se reconnait toutes là mes chéries...

Rejetées, méprisées mais aussi sublimes et parfois terribles, comme Turandot, figure de la mère inaccessible et castratrice, image transcendante, hors de portée, qui fait décapiter les hommes mais finira par succomber à l'un d'entre eux.
 

  
Dans une société violente, l'univers de l'opéra est aussi un refuge, un monde imaginaire à bien des égards proche de celui de l'enfance. Pour vraiment aimer l'opéra, il faut, j'en suis sûr, pouvoir s'abandonner dans un monde irréel, où des personnages fantastiques vivent des aventures invraisemblables, un monde où on parle en chantant, un monde tout d'artifice et de carton pâte, où vivent, meurent et renaissent chaque soir des héros, des traîtres et des femmes fatales mais aussi des dieux, des princesses, des sorcières, des géants, des lutins et des dragons.

Irréels mais si proches de nous, ces personnages portent et subliment nos angoisses, nos faiblesses, nos douleurs et nos passions. A l'instar de la mythologie et des contes de fées, l'opéra nous fait sentir avec une incomparable acuité les choses enfouies et essentielles.

1 commentaire:

JCMEMO a dit…

Ton article m'a intéressé, mais l'essentiel se trouve à la fin depuis "dans une société violente..." applicable à tous quelle que soit son orientation sexuelle...
Ceci dit je te souhaite un bon week-end et...une excellente Gay Pride.
A bientôt
Trés amicalement
JC