vendredi 20 mai 2011

Un Macbeth kitsch et gore chez les Chtis

Tout d'abord une superbe brochette de chanteurs, dont il faut bien retenir les noms : Dimitris Tiliakos (Macbeth), Dimitry Ivashchenko (Banco) et David Lomeli (Macduff). Trio impeccable, parfaitement à l'aise dans ces rôles exigeants.

Mais bien sûr, tout le monde attendait Lady Macbeth, personnage terrifiant pour lequel Verdi voulait une interprète laide et monstrueuse dont la voix devait être âpre, étouffée et sombre. Je voudrais que Lady Macbeth ne chante pas du tout disait même Verdi. 

La mezzo américiane Susan Maclean n'est ni laide ni monstrueuse, bien au contraire. Elle chante aussi très bien, sa voix est belle et puissante, sans le vibrato excessif, fréquent cache misère des chanteuses qui ne sont plus ou n'ont jamais été au niveau du rôle. Comme Violetta Urmana il y a deux ans à Bastille, mais en beaucoup mieux, elle campe une Lady Macbeth aussi séduisante que terrible, qui ne fait oublier ni Callas ni Verrett mais ne déçoit aucunement.

Le travail de l'Orchestre national de Lille est magnifique. Roberto Rizzi maîtrise à merveille cette oeuvre et lui insuffle une prodigieuse dynamique. Tempo rapide, rythme fiévreux, couleurs superbes. Le rythme ne se relâche jamais, on retient son souffle et la tension ne retombe que lorsque le rideau se ferme à la fin du dernier acte.

Cette fois, je vais un peu m'attarder sur la mise en scène, car elle vaut son pesant de moutarde. Conçue à Glyndebourne par Richard Jones, elle opte pour un décalage total, déjanté, kitsch, voire franchement gore, mais vraiment drôle et jubilatoire.

Il fallait quand même oser transposer cette terrible histoire dans des murailles de carton-pâte, abris de jardin, sous-sol d'HLM avec lavomatic, morgue d'hôpital avec infirmières et j'en passe. Mais tout fonctionne, beaucoup mieux d'ailleurs que dans la mise en scène de Tchernakov dans la production de Bastille, qui avait transposé l'action dans une banlieue aussi cossue que terrifiante, à la Desperate Housewifes.

Et les scènes de sorcières, alors là, c'est le top : alignement de trois caravanes d'où s'extirpent trois escadrons de viragos improbables, les premières, entre la matrone rom et la babouchka surgie de l'époque soviétique, les autres, revêtues d'anoraks pour grand froid, me rappellent les dragons asexués qui me torturaient au cours de gymnastique ; en minijupe noire et collant orange, les troisièmes ont l'air de diablesses que l'on n'aimerait pas croiser le soir dans une impasse.

Mais finalement, cette histoire de mégère hystérique qui entraine son benêt de mari dans sa rage meurtrière, Simone Weber au pays de Braveheart, c'est quand même assez grandiose dans le style Grand guignol. Et on sait que Shakespeare mettait souvent de l'humour et du grotesque dans ses drames les plus noirs. Ce qui rend cette conception du spectacle aussi originale que cohérente.

5 commentaires:

JCMEMO a dit…

Ton article m'a intéressé et surpris. Je ne suis pas certain que j'aimerais ce spectacle : Ah les sorcières ! mais là n'est pas la question, je suis d'un autre temps...
De Macbeth :j'ai vu au début des années 1980 au Palais Garnier la production "Vitez/Prêtre" que j'ai beaucoup aimé en raison surtout de Sherley Verret...
Verret, présente aussi dans le film de Claude d'Anna (avec Nucci sous la direction de Chailly) mais j'avoue que je suis presque toujours déçu par les films d'opéra (y compris d'ailleurs le fameux Don Giovanni de Losey, beau certes mais glacial).
Je garde un souvenir ému d'un Macbteh vu au Châtelet (années 80 ?) avec Olivia Stapp dans une production inoubliable de Pier Luigi Pizzi : à la fois dépouillée (pas de décors, fond noir) et spectaculaire (costumes, mouvements de foule, etc...). En résumé la mise en scéne d'opéra qui m'a le plus impressionné...
Voila ! (comme on le répète sans cesse maintenant) tu m'as permis de réveiller un beau souvenir...
Merci !
(et Nàpoli ?)

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour ton commentaire sympathique et très intéressant. Le souvenir du spectacle au Palais Garnier avec Shirley Verrett doit en effet être magnifique, inoubliable. Quelle chance d'avoir vu "en vrai" cette chanteuse magnifique.
En revanche, je ne connais pas du tout le spectacle du Châtelet.

Les vacances à Naples ont fait pschitttt........ because annulation au dernier moment d'Easy Jet ; ils sont parait-il coutumiers du fait ; aucun vol le lendemain ou le surlendemain sur leurs avions, vols AF à des prix prohibitifs... Bref, j'ai tout annulé, et suis allé me remonter le moral à Giverny, ou je n'étais jamais allé. Bon, c'est joli, mais cette promenade agréable ne me fait pas passer le regret de l'Italie. Pour me remonter le moral, ma collègue m'a dit que la ville était une fois de plus en proie à une grève terrible des éboueurs et que l'odeur y était pestilentielle....

Mais ce n'est que partie remise, peut-être en septembre......

Et toi, bientôt Cuba ???

JCMEMO a dit…

Désolé pour toi, mais le San Carlo, le Caravage (superbe Flagellation du Christ à la Galerie Capodimonte), ...devront attendre.
(Cuba, en janvier si dios quiere ; Venise prévu pour 15 jours, le 1er juin, si Easy Jet le veut bien....).
Bon dimanche.

jefopera@gmail.com a dit…

15 jours a Venise, c est formidable, il y a tant de choses a voir. Peut être sera-t-il possible de se baigner au Lido ?
J'y suis souvent allé, avec un grand bonheur a chaque fois

MartinJP a dit…

Verdi, c'est quand même effectivement une bonne dose de grand guignol, servi par de la musique de limonaire. Alors, avec des sorcières, des spectres et des mégères frappées d'hystérie, ça déchire grave (comme disent les jeunes d'aujourd'hui) !