vendredi 27 mai 2011

Jules César à Tourcoing, coin, coin

Va-t-il se passer quelque chose ? On attend un miracle, mais non. A la reprise, c'est encore pire. Un murmure traverse la salle, on se regarde un peu gêné, des sourires timides s'échangent.

Imperturbable, Jean-Claude Malgoire bat la mesure. Et Christophe Dumaux, le jeune contre ténor qui chante César, continue de lancer ses subtiles vocalises dans un tonnerre de couacs. Mais sa voix est si faible qu'elle ne couvre rien des sons affreux d'un cor en délire qui a décidé de nous en faire voir.
 
Médusé, Ugo Guagliardo (Achilla) fixe son regard sur le coupable. Il retient à peine sa colère, on le sent prêt à sauter dans la fosse pour trucider le coupable d'un vigoureux coup d'épée.

Mais faites-le taire enfin, que ce vacarme cesse !

Je ne sais pas si hier soir, le clair de lune éclairait Maubeuge, mais le "doux soleil" était sur Tourcoing, coin, coin.
 
A peine remis de mes émotions, je vois entrer sur scène une figure spectrale échappée de l'Ancien régime, un vieillard malingre, perruqué et trop poudré, qui se trémousse en minaudant. C'est parait-il un ancien élève d'Alfred Deller, mais vu son âge, je me demande s'il ne s'agit pas du fantôme de son professeur. Mais non, c'est Tolomeo, le méchant de l'histoire. La vieille créature a perdu sa voix depuis des lustres et ne parvient plus guère à lancer, d'un timbre de fausset aigre et nasillard, que de vilains miaulements qui font mal aux oreilles.

Heureusement, Sonya Yoncheva est une merveilleuse Cléopâtre, du niveau de Natalie Dessay, même si on la sent peut-être un peu moins à l'aise dans ce répertoire. Deux artistes me paraissent également sortir du lot : la basse italienne Ugo Guagliardo, aux yeux de braise et aux longs cheveux bouclés, et la jeune soprano suédoise Lina Markeby qui nous donne un très beau Sesto, avec un petit quelque chose de Joyce DiDonato à ses débuts.

La mise en scène de Christian Schiaretti est sobre et élégante, les costumes sont somptueux. Donné à l'Opéra royal de Versailles il y a quelques semaines, le spectacle devait avoir fière allure.
 
La puissance et la beauté de la musique de Haendel sont telles que je ne vois pas la soirée passer. Je m'aperçois pourtant combien a vieilli, comme nous, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy. Cette formation mythique, pour laquelle j'ai une grande tendresse depuis ce coffret du Messie que mon oncle m'avait offert pour mes 18 ans, a enchanté notre découverte du répertoire baroque dans les années 70 et 80. Son bilan est formidable.

L'ennui, c'est que beaucoup de choses se sont passées depuis : Harnoncourt, Gardiner, Christie, Jacobs et plus récemment Rousset, Minkowsky, Spinosi, Haïm et Pluhar ont donné un violent coup de fouet à ce répertoire. Et nos oreilles se sont habituées à leurs sonorités vivaces et à leur rythmes énergiques qui donnent envie de danser. Alors que La Grande Ecurie semble avoir somnolé sur ses acquis. De très beaux acquis, une belle aventure et un témoignage de premier ordre. Mais la roue tourne et nous aussi.

2 commentaires:

JCMEMO a dit…

Ave Cesar morituri te saluatant !
Bon week-end...

MartinJP a dit…

Mon dieu quel spectacle terrifiant ! Jules Cesar lui-même en aurait été désolé.

J'espère que vous avez échappé à l'épidémie de colique qui semble avoir frappé le plateau.