vendredi 8 avril 2011

Freischutz à la française

Une série d'airs superbes et souvent bouleversants, des choeurs pleins de fougue, des danses paysannes qui donnent des impatiences dans les jambes, des personnages bien campés dans une histoire fantastique où Satan conduit le bal, Le Freischütz (en français "Le franc tireur") occupe une place unique dans le répertoire et aussi dans mon coeur, car c'est l'un de mes opéras préférés, depuis toujours. Fidèle en amour le Jef. Et pourtant, je ne l'avais encore jamais vu sur scène. Il faut dire que les théâtres français d'opéra ne le mettent pas souvent à l'affiche. Peut-être la faute aux récitatifs en allemand.

Sa création, en 1821, à Berlin, est souvent présentée comme l'acte de naissance de l'opéra allemand, jusqu'ici éclipsé par le modèle italien. 20 ans plus tard, Berlioz, qui admirait beaucoup Weber, adapte Le Freischütz sur un texte français et compose des récitatifs chantés pour remplacer les dialogues parlés, en vue de la création à l'Opéra de Paris. C'est cette version rarissime que sir John Eliot Gardiner exhume Salle Favart jusqu'au 17 avril.

La production de l'Opéra Comique montre que Weber était en fait très influencé par le style français : quand il était directeur de l'Opéra de Prague, onze des douze opéras qu'il a dirigés étaient français. C'est dire. Gardiner s'est donné pour objectif de faire entendre, en prenant le contrepied d'une tradition germanique parfois un peu lourdingue, non pas ce que Wagner doit à Weber, mais ce que Weber doit à Grétry, Méhul et Boieldieu, dans les mélodies comme dans les rythmes.

J'avais hier soir une curieuse place, à l'extrême droite de la corbeille du haut, juste au-dessus la fosse et à quelques mètres de la scène. C'était peu confortable mais quel bonheur. Une sensation unique d'être plongé dans le spectacle, au milieu des musiciens, comme suspendu quelque part entre l'orchestre et les chanteurs. On dit que les premières fois sont toutes inoubliables, mon premier Freischütz le fût tout entier.

Tout d'abord, le travail formidable de Gardiner, rapide, nerveux et clair à la fois. Les pupitres de l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique sont tous du meilleur niveau, avec un coup de chapeau particulier au premier violoncelle et au cor, dont les rôles sont si importants dans la partition.

Et puis une très belle brochette de chanteurs avec, notamment, la sublime Agathe de Sophie Karthäuser et la délicieuse et radieuse Annette de Virginie Pochon, très beau duo qui ne fait jamais regretter le couple mythique Irmgard Seefried - Rita Streich. Les garçons ne sont pas en reste et, encore une fois, je suis surpris par la remarquable homogénéité des distributions de l'Opéra Comique.

Si les paroles originales me revenaient souvent en tête, jamais ce Freischütz à la française ne m'a paru déplacé ou dévoyé. Il faut dire que le travail de Berlioz a été discret et très respectueux de Weber, quelques lignes d'accompagnement pour les récitatifs, c'est à peu près tout. Et les airs en français passent d'autant mieux qu'ils sont chantés par des artistes maîtrisant parfaitement prononciation et intonation, ce qui était le cas. Au final, un sentiment de cohésion et de fluidité, comme si ces récitatifs avaient toujours été là.

Et quelle beau clin d'oeil, à la fois à Berlioz et à la tradition de l'opéra français, que cette Invitation à la valse, glissée malicieusement en prélude au dernier acte.


3 commentaires:

JCMEMO a dit…

Je n'ai jamais entendu le Freischutz...à part l'ouverture qui, tout comme celle d'Obéron, me fascinait lorsque j'ai commencé à découvrir et à "m'intéresser" à la musique, il y a quelques siècles...Bien sur il y avait l'orage de la Pastorale, les saisons, mais ces ouvertures m'enthousiamaient beaucoup plus (tout comme l'invitation à la valse orchestrée par Berlioz ??)
Paradoxalement je ne crois pas avoir de CD de Weber : sauf peut-être des concertos pour clarinette que je n'ai pas écoutés depuis des lustres.
Merci de m'avoir rajeuni.
Je te souhaite un bon week-end.

JeF a dit…

3 belles versions du Freischutz en CD : Jochum (avec Seefried et Rita Streich), Carlos Kleiber (avec Gundula Janowitz et Edith Mathis)et Sawallisch avec Margaret price, dans les années 70 (j'ai un faible pour celle ci, prise sur le vif et totalement survoltée, en plus pas chère du tout...). Il y a aussi une version en français, avec des interprètes obscurs mais je ne la connais pas.
De très belles pages à découvrir aussi dans Obéron, mais, comme dans le Freischutz, il faut "se taper" (avec mes excuses pour cette expression triviale) les dialogues, souvent longs, en allemand....
Mais Weber, sont le nom figure sur la façade du palais Garnier, est sans doute moins illustre aujourd'hui qu'il ne le fut au XIXème siècle.....
Bonne soirée à toi aussi, après ce merveilleux week-end estival.

MartinJP a dit…

Opéra merveilleux, qui fdoit quand même sonner bizarre en français, mais avec Gardiner, tout devient or.