samedi 19 mars 2011

Siegfried à la peine

Avant d'aller à Bastille, j'avais révisé mon Siegfried en écoutant Wolfgang Windgassen et Astrid Varnay. Bayreuth, 1953, Clemens Krauss à la baguette.... Bien sûr, je n'aurais pas dû. C'était couru d'avance, la déception allait être au rendez-vous.

Torsten Kerl est présenté comme une grande voix wagnérienne, un vrai heldentenor. Difficile à croire, pourtant, au terme de sa prestation. Certes, il chante Siegfried avec une certaine aisance ; intonation, ligne de chant, tout est correct. Mais la voix manque cruellement de puissance et tout se noie dans l'immensité de Bastille.

Ce n'est pourtant pas la faute de l'orchestre et de son chef. A l'écoute de ses chanteurs, Jordan veille à ne jamais couvrir les voix, ce qui, reconnaissons-le, n'est jamais aisé avec Wagner. Restant sur la même approche que lors des deux premiers volets du Ring, il adopte un tempo mesuré et donne la priorité à la clarté des lignes, à la dynamique et à la limpidité des timbres. Le travail accompli est formidable, notamment au troisième acte, où la direction rend parfaitement justice à l'extraordinaire richesse de l'écriture orchestrale.

Katarina Dalayman ne démérite pas mais sa Brünnhilde me plait beaucoup moins que dans La Walkyrie. Elle force sa voix, le vibrato dérape et la justesse s'en ressent.

Si le Wotan Voyageur de Juha Uusitalo s'en sort honorablement, le héros de la soirée est sans conteste le Mime de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke. Déguisé en vieux travlo, blouse de mémé et moumoute blonde platine, il joue à merveille son rôle, peut-être un peu trop dans le registre burlesque, mais le rôle s'y prête. Surtout, il le chante de façon admirable. Et lui, on l'entend et le comprend très bien. Bastille est une salle impitoyable et seuls les meilleurs s'en sortent.

Pauvre Siegfried. Boudiné dans une salopette de plombier, affublé d'une longue queue de cheval blond filasse, mal (voire pas) dirigé, il va de gauche à droite puis de droite à gauche, ne sait pas quoi faire de sa carcasse trop courte et trop large. Tout cela est voulu par une mise en scène cynique et pâteuse, qui nie totalement la dimension épique et juvénile de Siegfried pour, de façon systématique, tout tourner en dérision. Ce qui ne fonctionne pas, car rien n'est proposé en lieu et place de ce qui est détruit.

Pataud, balourd, peu audible, le pauvre Torsten Kerl essaie bien de limiter les dégâts et de faire quelque chose mais rien ne se passe et on lutte contre l'ennui en essayant, dans un effort de concentration surhumain, d'écouter une voix qui ne parvient à se hisser ni au niveau d'exigence du rôle ni aux contraintes physiques de la salle.

Et en réécoutant Windgassen et Varnay, je me suis dit que s'il avaient été là ce soir..... Mais on peut toujours rêver, les enregistrements de légende sont là pour cela.


3 commentaires:

JCMEMO a dit…

Désolé pour vous de votre (relative) déception...
Il est vrai que peu de voix sont capables de remplir ce "grand vaisseau"
Je suis vieux , il est vrai, mais je n'ai jamais été vraiment satisfait de L'opéra Bastille et de son acoustique où pourtant j'ai à peu prés essayé toutes les places : à l'orchestre le son est étouffé ; sur les hauteurs le son est meilleur mais visuellement on voit s'agiter sur scène des silhouettes inhumaines, fantomatiques...
Je vous souhaite un bon week-end
JC

JeF a dit…

Je partage entièrement (et tristement) vos réserves sur Bastille ; le son est étouffé, les voix malmenées. La salle est beaucoup trop grande. J'ai aussi essayé de nombreuses places et jamais atteint le niveau de satisfaction que j'ai pu avoir en province ou à Garnier.

Excellent week-end à vous aussi

MartinJP a dit…

Voila en effet un drôle de Siegfried, attifé comme un garçon boucher ou un employé d'une compagnie de vidange. Et le pauvre n'a pas beaucoup de voix ; j'ai cru un moment être devenu dur de la feuille, mais je constate, à la lecture de votre post et également à ce que j'ai entendu dans les travées de Bastille, que ce pauvre Siegfried était bien faiblichon. Pas de quoi tuer un dragon et d'aller faire sa fête à la Walkyrie en tout cas.