mercredi 2 mars 2011

Francesca se parfume au Shalimar


Pour une fois, je vais commencer par la mise en scène. D’habitude, je ne l’évoque qu’à la fin, et encore, car rien ne m'agace tant que la place excessive qu'on lui accorde dans les comptes rendus de spectacles. Vingt lignes sur les délires narcissiques du metteur en scène, trois sur les chanteurs et deux mots sur le chef d'orchestre. Amis de la musique, bonjour !

Mais cette fois, elle a été tellement démolie par la critique que je me sens investi du devoir de venir à son secours.

Et bien oui, c’est vrai que c'est super kitsch cette débauche de fleurs et de robes pastels à frou frou, ces statues tartignolles et ces postures figées. Et alors ? Le kitsch, après tout, c'est un style, une esthétique qui en vaut bien d'autres. Moi, en tout cas, j'adore. J'aime Pierre et Gilles, les films indiens et les coussins au crochet de ma mémé. Le kitsch, c'est gai, rigolo et quand même tellement plus fun que La Dame de Pique dans un asile psychiatrique, Parsifal dans un jardin ouvrier ou La Traviata dans un camp de concentration.

Quand le rideau se lève, un grand murmure d’étonnement traverse la salle. Cela me rappelle une production de Turandot, au Met, il y a une bonne dizaine d'années, dans une mise en scène de Zefirelli : lorsque le rideau s'est ouvert sur un fabuleux palais chinois, la salle a lâché un grand « Oh » de stupéfaction ou d’émerveillement, bluffée par la débauche scintillante d'or et de lumière qui venait d'envahir la scène. Après tout, l'opéra, c'est aussi cela.

Tout à coup, un parfum capiteux envahit mes narines. M. Del Monaco n'a quand même pas osé le spectacle total, son, lumière, texte et odeurs ? Et non, c'est la rombière de devant qui est tombée dans le Shalimar. Mais ça va tellement bien avec le décor que j'en frémis de ravissement. Enfin, heureusement qu'elle change de place à la fin du premier acte car Jean-Laurent sent arriver la migraine.

Le casting est en tout cas très réussi : la Bulgare Svetla Vassileva se sort fort bien du rôle difficile de Francesca (on dit que la Callas l'aurait refusé), George Gagnidze campe un magnifique et terrible Giovanni Lo Sciancato et Roberto... Ah, Roberto, comme j'étais heureux de le voir sur scène, pour la première fois. Sa diction parfaite, sa voix au timbre velouté, suave et caressant, malheureusement un peu couverte par un orchestre moyennement à l'aise avec une partition qu'il découvre.

Mélange étrange de Puccini, Strauss et Debussy, elle est d'ailleurs elle même assez kitsch, cette partition, si l'on entend par kitsch un assemblage assez improbable de styles différents. Finalement, la mise en scène est sans doute plus conceptuelle qu'elle n'y parait.


2 commentaires:

MartinJP a dit…

Je vois que vous n'êtes pas ennemi du kitsch ! Je n'ai pas vu ce spectacle mais coprend ce que vous laissez entendre sur les mises en scène : si c'est glauque et dégoutant, c'est branché, si c'est un peu kitsch, ca fait province..... Mais du moment que les instructions du composituer sont respectées, c'est quand même là l'essentiel, non ?

JCMEMO a dit…

Je viens de regarder cette "production" sur Mezzo : j'ai passé une excellente soirée, un peu grace à toi (je me suis souvenu que tu avais fait un article).
J'ai bien aimé la musique de Zandonai (je ne connaissais pas) : impressionné même par l'orchestration.
S'ilest vrai que le décor du 1er acte peut surprendre, la "mise en scène" m'a paru tout à fait adaptée à l'oeuvre...
Amitiés.