mardi 18 janvier 2011

Adieu jeune homme

Le ténor Hugues Cuénod vient de s'éteindre, à Vevey, à l'âge de 108 ans.

Il venait de se marier, plus exactement de signer l'un des premiers contrats d'union civile suisse avec Alfred Augustin, son jeune compagnon de 64 ans, avec qui il vivait dans le château que les Cuénod possèdent au-dessus du Léman depuis deux siècles. On le voyait parait-il encore souvent, aux beaux jours, cheveux au vent dans son cabriolet.

Un des multiples hommages qui lui ont été rendus signale  que le ténor suisse "représente un exemple rare de longévité et d'éclectisme dans le chant". C'est le moins que l'on puisse dire.

Hugues Cuénod fait ses débuts de concertiste vocal en 1928 à Paris dans Johnny Spielt auf d'Ernst Krenek. Puis, il interprète des cantates de Bach sous la direction de Vincent d'Indy. De 1930 à 1940, il aborde les grands rôles du répertoire, avec une prédilection pour la musique du XXe siècle.

À partir des années 1940, il étend son répertoire vers la musique ancienne et, avec Nadia Boulanger, participe à la redécouverte de Monteverdi. En 1943, il donne une prestation remarquée de l'évangéliste dans La Passion selon saint Matthieu de Bach sous la direction d'Ernest Ansermet, et enregistre des chansons du Moyen Âge de Guillaume de Machaut. À cette époque, il enseigne aussi le chant au conservatoire de Genève.

Il faudrait beaucoup de lignes pour recenser tous ses rôles. Signalons juste sa participation, à Venise, en 1951, avec Elisabeth Schwarzkopf, à la création de l'opéra de Stravinski, The Rake's Progress, sous la direction du compositeur et ses débuts au MET, à 84 dans le rôle de l'empereur de Chine de Turandot.
   
Espiègle (que de malice dans son regard bleu !) et un brin paresseux, il n'a jamais forcé ni sa voix ni sa carrière. Hugues Cuénod a avancé au rythme de ses coups de cœur et de ses plaisirs et cela lui a fort bien réussi.
Il nous laisse aujourd'hui de merveilleuses mélodies françaises, toutes de charme et de légèreté et des interprétations de Bach et de Couperin d'une noblesse inégalée.
 
Jérôme Spycket lui a consacré une belle biographie (Un Diable de musicien, Hugues Cuénod, éditions Payot, 1990).



1 commentaire:

MartinJP a dit…

Il me semblait qu'il avait aussi chanté Wagner mais je ne retrouve pas trace d'un disque...... Beau portrait de cet artiste élégant.