mardi 21 décembre 2010

Ariane sous la neige

Un riche Viennois a convoqué pour une fête qu'il donne dans son palais une troupe d'opéra bouffe et une troupe d'opéra seria. Mais, pris de caprice, il décide d'un coup que les deux spectacles seront représentés en même temps. Branle-bas de combat, désespoir du jeune compositeur de l'opéra seria... Mais comment va-t-on faire ?

Ariane à Naxos, c'est l'histoire de la fabrication d'un opéra. Une mise en abîme sophistiquée, spirituelle et très moderne d'Hugo von Hofmannstahl, sur laquelle Richard Strauss a composé une musique délicieuse et élégante, d'un extrême raffinement mais aussi très difficile sur le plan vocal.

La vraie question qui s'est hier posée à Bastille n'était pas de savoir si le sérieux devait l'emporter sur le bouffon mais de faire tenir debout une oeuvre délicate et exigeante quand on n'a pas sous la main les interprètes capables de la chanter. Question à laquelle je n'entrevois que deux réponses : soit on essaie de créer quelque chose de modeste, dans une petite salle (ce qui est d'ailleurs assez fidèle à l'esprit de l'oeuvre, écrite pour un orchestre de 35 instruments), soit on ne fait rien. Et ce que j'ai entendu me porte à croire que la seconde solution eût de loin été la meilleure.

Certes, le rôle de Zerbinette est quasi inchantable, on le sait, et lorsqu'on a été bercé par Dessay et quelques grandes anciennes, on devient insupportable. Certes, celui d'Ariane, guère plus aisé, demande une soprano dramatique de la trempe de Birgit Nilsson. Certes, Bacchus appelle un ténor héroïque wagnérien comme on n'en fait plus, le Compositeur une soprano lyrique de grande classe. Certes, certes...

Mais hier soir, pas grand monde n'était au niveau : Ricarda Merbeth (Ariane) peinait à la tâche, Stefan Vinke (Bacchus) criait comme un veau et quant à Jane Archibald (Zerbinette), et bien, je dirais juste qu'elle est jolie comme tout et a joué fort bien la comédie dans son petit bikini.

Il y a bien les petits rôles, honnêtement tenus, sans plus, et surtout Sophie Koch, qui plante encore une fois un excellent Compositeur (elle avait déjà tenu le rôle dans la production précédente avec Natalie Dessay). Mais sa prestation, pour irréprochable qu'elle est, ne sauve pas à elle-seule le spectacle.

Il n'y avait plus qu'à confier la mise en scène à Warlikovsky pour se retrouver aux grands moments de l'époque Mortier. Celle de Laurent Pelly tient bien la route dans le Prologue mais devient statique, voire figée dans la deuxième partie du spectacle. Ariane et Bacchus, replets et mal déguisés, hurlent la main sur le coeur, se jurent l'amour éternel sans se jeter un seul regard et on se croit revenus en 1930 sur une scène de patronage. Bon, il y a le décor de chantier crapoteux qui est assez rigolo et les deux petites signatures de Pelly : la voiture qui traverse la scène et les chanteurs qui dansotent en remuant les fesses. Mais rien ne se passe et tout le monde s'ennuie.

Et côté fosse, ça ne va pas mieux : Jordan, qui nous a habitués à tant de belles choses, notamment avec Wagner, parait peu à l'aise avec la partition, trop lent, maniéré, sans souffle. Au deuxième acte, je me réveille d'un demi sommeil en croyant entendre le père Plasson nous servir une soupe de Massenet bien gélatineuse  et trop sucrée, comme il en a le secret.

Richard Strauss voulait du souffle, de la fièvre mais aussi de l'humour, de la fantaisie, du nerf et de la vivacité. Personne n'était hier capable de lui en donner et c'était aussi triste qu'une nuit d'hiver sous la neige.

samedi 18 décembre 2010

L'opéra des Médicis

On m'a dit parfois que certains posts, notamment ceux relatifs aux expositions, à la photo ou la peinture n'avaient pas grand chose à voir avec le thème général du blog. Mais c'est qu'il est souvent difficile de trouver des liens pertinents entre ces disciplines, et rien ne me semblerait plus faux que de mettre de l'art lyrique à toutes les sauces, en fabriquant des correspondances imaginaires et des comparaisons tirées par les cheveux.

Fort heureusement, en visitant ce matin l'exposition sur les Trésors des Médicis, au musée Maillol, le problème ne s'est pas posé, bien au contraire.

Que les Médicis dorment en paix dans leurs tombeaux de marbre et porphyre, ils ont fait plus pour la gloire du monde que n'avaient jamais fait avant eux et que ne feront jamais depuis, ni princes, ni rois, ni empereurs. C'est sur cette belle citation d'Alexandre Dumas que débute l'exposition consacrée à l'illustre famille florentine et à leurs richissimes collections d'art.


Près de 150 œuvres et objets, qui en leur temps décoraient les salons, les bibliothèques, les cabinets des merveilles ou encore les chapelles des palais ont été prêtés – dont certains pour la première fois – par les musées florentins. Peintures (dont cette fabuleuse Adoration des mages de Botticelli), sculptures, dessins mais aussi bijoux, vases, manuscrits, instruments de musique et d'astronomie illustrent le rôle fantastique qui fut celui des Médicis dans le renouveau des arts et le développement des connaissances scientifiques.

Car, pour revenir au propos initial, c'est dans le chaudron magique des Médicis qu'est né l'opéra. Sous une forme encore un peu hésitante, Jacopo Peri donna en 1598, au sein de la Camerata Bardi (la prestigieuse académie de musique florentine) une Dafne, que l'on reconnait comme le premier opéra de l'Histoire. L'expérience plût tant aux Médicis qu'ils commandirent à Peri Euridice, qui fût jouée au cours du somptueux banquet donné pour le mariage par procuration de Marie de Médicis avec Henri IV. L'opéra était né.


Le Trésor des Médicis, du 29 septembre au 31 janvier 2011. Exposition ouverte tous les jours de 10h30 à 19h (sauf les 25 décembre et 1er janvier). Nocturne le vendredi jusqu'à 21H30.

www.museemaillol.com

lundi 13 décembre 2010

Le dernier des Caravage

Ceux qui n'ont pu se rendre à la grande exposition Caravage qui s'est achevée à Rome le 11 octobre dernier peuvent encore aller à Amsterdam : le Rembrandt House Museum expose un Saint Jean-Baptiste allongé. C'est un événement exceptionnel car le tableau, qui appartient à une collection privée, n'est que très rarement visible ; il n'a d'ailleurs été redécouvert qu'en 1976. Mais surtout, les spécialistes s'accordent à dire que le tableau serait la dernière oeuvre de l'artiste.

Jusqu'au 13 février, Rembrandthuis, Amsterdam
http://www.rembrandthuis.nl/cms_pages/index_main.html

samedi 11 décembre 2010

Au pays du sultan mélomane

Le sultan Qabous d'Oman édifie à Mascate un superbe opéra. 

"Ce sera un véritable opéra italien du XVIIIe siècle", a récemment déclaré à l'AFP la directrice générale de la Maison d'opéra royale de Mascate, Iman Hindawi.

Le projet a été lancé en 2001 lorsque le Sultan a donné pour instruction de construire à Mascate une maison d'opéra digne de ce nom, alors que les concerts de musique classique se tenaient dans différents auditoriums, dont celui du prestigieux hôtel Bustan. 
 
Passionné de musique, le sultan Qabous avait ordonné la création il y a vingt ans d'un orchestre de musique classique, qui compte aujourd'hui une élite de musiciens omanais qui se produisent partout dans le monde.

Depuis un an, la radio publique a lancé "Oman Classic", une chaine grâce à laquelle la musique classique fait de plus en plus d'adeptes dans le sultanat. Un orchestre philharmonique est en formation avec de jeunes talents, tous omanais.

L'opéra de Mascate sera édifié sur une parcelle de 80.000 m2, dont la moitié sera aménagée en jardins. Un mini-théâtre, des restaurants et des magasins de luxe complèteront l'ensemble de ce qui se veut une véritable maison d'opéra, dont la seule soeur, dans le monde arabe se trouve au Caire. 
 

Tous à la médiathèque !

Un post en forme d'hommage à un service public remarquable, sans lequel ce blog ne serait sans doute pas ce qu'il est : la médiathèque de Saint-Denis.

Plaine Commune compte sur son territoire 23 médiathèques et 3 bibliobus, auprès desquels on peut aller emprunter plus de 850 000 documents (livres, Cd, Dvd, presse, fonds en langues étrangères). On y trouve pratiquement tout ce qui sort : 50 000 nouveautés sont en effet achetées chaque année.

A Saint-Denis, il y a quatre médiathèques :

Centre Ville, place de la Légion d'Honneur
Don Quichotte, à La Plaine, au 120 avenue du Président Wilson
Gulliver, 7 rue du Plouich
Aladin, 2 rue Henri Barbusse

Sur le site, on trouve toutes les infos pratiques nécessaires :

http://www.mediatheques-plainecommune.fr/opacwebaloes/index.aspx

Je vais souvent à celle du centre ville, où le choix de CD classiques est vraiment impressionnant (mais il y a aussi plein d'autres choses) ; j'y ai fait des découvertes formidables, car le choix va largement au-delà des sentiers battus. La sélection des interprétations, irréprochable, a été visiblement très étudiée. La charmante dame blonde avec qui j'ai plaisir à discuter en connait d'ailleurs un rayon sur le sujet.

Bref, que du bonheur. Si on ajoute que le personnel est sympathique et compétent, qu'il y a souvent des animations et même un brunch musical de temps en temps, il n'y a aucune excuse pour ne pas s'y précipiter. Et ceux qui n'aiment pas la musique auront quand même intérêt à descendre dans la discothèque du sous-sol, installée dans une cave voutée qui serait celle de l'ancien Hospitale pauperum de Saint-Denis, institution de charité dont il est fait mention pour la première fois dans une charte de 898.

vendredi 10 décembre 2010

Chez Victor Horta

A Bruxelles pour quelques jours, nous décidons d'aller visiter les immeubles Horta à Bruxelles. Mais sous une pluie battante, les pieds trempés, notre exploration se réduit à la maison atelier de Victor Horta. Le problème, c'est que nous ne sommes pas les seuls ! 50 personnes patientent sagement en rang d'oignon sous la pluie glaciale et pénétrante.

Le seuil franchi, le premier coup d'oeil me conforte dans l'idée que cela valait le coup de se geler sur le trottoir.

Horta voulait libérer l'architecture de l'héritage néoclassique et néogothique, en faisant en sorte que l'acte créatif soit mieux adapté à son objet et plus prompt à tirer parti de la grande diversité des matériaux et techniques désormais à la disposition des bâtisseurs. Il avait coutume d'expliquer à ses élèves qu'une œuvre architecturale n'était aboutie que lorsqu'il n'y avait plus de différence entre l'esprit du contenant et celui du contenu. Chaque élément devait alors être conçu comme un complément de tous les autres auxquels il devait être intimement uni : sculptures, peintures, meubles, ferronneries, tapis, lampes, systèmes de chauffage et de ventilation, et autres ornements, tout devait concourir à la cohérence de l'ouvrage.

A peine entré dans la maison, on ressent effectivement une impression de sérénité et d'harmonie, qui trouve sans doute sa source dans l'équilibre des volumes et l'extrême homogénéité de cette maison, où tout, jusqu'aux poignées de porte, a été dessiné par Horta. Elle résulte aussi des couleurs claires utilisées tant pour le mobilier que sur les murs et surtout, de la clarté qui innonde les pièces : la lumière qui provient du plafond de verre de la cage d'escalier baigne les pièces.

On peut ne pas aimer l'esthétique de l'Art nouveau, ce qui est mon cas, mais force est de reconnaître la douce force et l'harmonie subtile du projet de Victor Horta, projet qui me semble à la fois plus rassurant que celui de Gaudi et plus abouti que celui de Majorelle.

Victor Horta adorait la musique mais fût renvoyé du Conservatoire pour indiscipline à l’âge de douze ans. Alors, s'il avait été un musicien, quel aurait pu être son style ? Celui de Debussy ? de son compatriote César Franck ? Je voterai bien pour Fauré.

http://www.hortamuseum.be/

mercredi 1 décembre 2010

L'opéra du 9.3

Il y a bientôt deux ans, dix équipes d'architectes et d'urbanistes internationaux ont été chargées par le Président de la République de concevoir l'agglomération parisienne du XXIe siècle. C'est le projet du Grand Paris.

Les premières copies ont été remises au ministère de la Culture en février 2009. Et depuis, pas grand chose, à l'exception des empoignades de l'an passé entre Huchon et Blanc sur le "grand 8". C'était avant l'affaire des cigares ; depuis, le ministre a disparu de la circulation et on ne sait plus trop à quoi tout cela va maintenant aboutir. C'est bien dommage, parce que les projets des architectes étaient beaux, novateurs et porteurs d'espoir.

Celui de Roland Castro, sans doute le plus intéressant, nous a fait partager le rêve de la construction d'un opéra tout près de Saint-Denis, au port de Gennevilliers.

Interrogé sur son projet par le Figaro, Roland Castro avait déclaré vouloir "mettre du beau dans les banlieues", ce qui n'est pas du luxe, après des décennies de comportement irresponsable des élus, urbanistes et architectes... Il déclarait aussi : la crise économique rend plus nécessaire encore de repenser l'agglomération parisienne. C'est un vrai projet de civilisation. Il s'agit de fabriquer une métropole dans laquelle il n'y a plus d'apartheid. Le rayonnement mondial de Paris est très lié à sa beauté. Nous voulons mettre du “beau” dans les banlieues, créer un opéra au port de Gennevilliers, et un quartier d'affaires à Vitry, sur une île artificielle.