mardi 5 octobre 2010

Une pétulante Italienne ouvre la saison

Le Bey Mustafa, qui s'ennuie ferme dans son sérail algérois, se met en tête de trouver une italienne au caractère pétillant. Par bonheur, un bateau italien échoue non loin d'Alger, et la belle Isabella, au caractère fort bien trempé, est faite prisonnière ! Fou amoureux, Mustafa répudie manu militari la douce Elvira, en la mariant à un prisonnier italien qui croupit dans un cachot, Lindoro, qui n'est autre que l'amant de la belle Isabella.

Nul besoin d'insister : on est en plein opera buffa, dans une farce délicieuse, toute droit descendue des tréteaux de la Comedia del Arte. L'Italienne à Alger de Rossini s'inscrit bien sûr aussi dans la ligne de l'Enlèvement au sérail et des turqueries toujours à la mode en ce début de XIXème siècle, farces bon enfant qui permettaient de se moquer gentiment de ces orientaux étranges, violents et libidineux, qui effrayaient déjà un peu, mais dont on osait encore rire sans crainte des poseurs de bombes et des censeurs du politiquement correct.

Sous la direction efficace et brillante de Maurizio Benini, l'orchestre et les choeurs sonnent à merveille dans l'écrin du Palais Garnier. La distribution s'acquitte de sa tâche honnêtement, mais sans plus. Précise dans les redoutables vocalises de son rôle (Isabella), Vivica Genaux manque de puissance et d'expressivité et je me fais mal en réécoutant dans ma tête l'incomparable Caballé. Marco Vinco (Mustafa) et Jaël Azzaretti ne déméritent pas mais leur prestation est sans éclat. On oubliera vite ces voix correctes mais ordinaires.

La divine surprise viendra d'un excellent ténor américain, Lawrence Brownlee (en photo), qui campe un Lindoro plein de vaillance, de grâce et de virtuosité. Dès les premières mesures de son grand air du premier acte, le public tombe sous le charme de son timbre chaud, velouté et prodigieusement souple. Un vrai ténor rossinien comme il n'y en a plus et dont je vais illico me procurer les enregistrements. Revenez-nous vite, cher Lawrence.....

La mise en scène est la reprise d'une production très réussie d'Andrei Serban. Pétulante, malicieuse et quand même un peu déjantée, elle n'a pas pris une ride et fait toujours mouche.

3 commentaires:

JCMEMO a dit…

Je n'ai pas vu ce spectacle, mais je partage complètement votre avis sur Lawrence Brownlee...j'ai vu le ler mai dernier (en retransmission du Met au cinéma) Armida et je notais alors sur mon blog : Lawrence Brownlee "ébblouissant dans le rôle de Rinaldo".
Je n'ai pas trouvé d'enregistrements de ce jeune ténor : il semble qu'il existe un récital avec Jennifer Larmore "Rossini songs" ?

Bonne soirée.

JEF a dit…

J'ai trouvé sur Amazon un récital de mélodies de Rossini, Bellini et Donizetti, où il est accompagné au piano ; l'enregistrement est aussi dispo sur Itunes.

J'imagine qu'il devait être formidable dans son interprétation de Rinaldo ; peut-être est-ce possible de se procurer le DVD. En tout cas, j'espère bien qu'il reviendra chanter à Paris.

Sur le site Resmusica, on trouve une interview intéressante.

CharlesdeB a dit…

Ce Rossini était effectivement un vrai bonheur ; il est vrai que l'on n'est jamais déçu avec lui, mais j'ai également fort goûté ce spectacle tout à fait rafraichissant.