jeudi 7 octobre 2010

Un Hollandais tombé par terre


Il y a bien longtemps, j'ai découvert Le Vaisseau Fantôme sur le petit écran d'une télévision portative noir et blanc, que mes parents avaient installée dans une chambre d'amis ; elle servait à ceux que le programme choisi pour le salon n'intéressait pas.
  
Certes, l'image se brouillait souvent et le son était grésillant et confus. En plus, dans la chambre d'amis, il y avait un affreux matou qui ronflait et dont les poils me faisaient éternuer. Mais c'est comme cela que j'ai fait connaissance avec le Hollandais volant et la belle Senta. Et, comme pour bien d'autres choses, c'est de la première fois que l'on se souvient le mieux, en tout cas avec le plus d'émotion.
 
Je ne vais pas raconter l'histoire, elle est bien connue. Juste une impression personnelle : j'ai toujours pensé que notre Hollandais errant se satisfaisait beaucoup mieux qu'il ne l'affirme de son châtiment éternel. Il n'y a qu'à voir la rapidité avec laquelle il rejette la pauvre Senta, sans même écouter ses explications, comme s'il était au final bien soulagé de ne pas avoir à jeter l'ancre pour s'enfermer dans la médiocrité du confort bourgeois. A cette époque-là, d'ailleurs, Wagner ne songeait lui-même qu'à l'aventure et à la révolution et trainait partout comme un boulet sa peu finaude première épouse. La jeunesse éternelle, le voyage sans fin sur les océans, l'unique compagnie de robustes matelots et de jeunes mousses, est-ce vraiment un châtiment...
 
Impression plutôt satisfaisante hier soir à Bastille, mais avec quelques bémols, à commencer par le rôle titre, ce qui est quand même assez gênant. Doté d'un timbre nasillard et chevrotant, James Morris est passé, tout le long du spectacle, de l'inaudible au criard, sans une once d'expressivité. Jeu de scène inexistant, articulation pâteuse, je me demande si ce monsieur n'est pas sous traitement. Il eût mieux fallu alors déclarer forfait, son remplaçant n'aurait pas fait pire. Le Hollandais volant est définitivement tombé par terre. J'ai envie de crier "Houh" mais file rapidement pour ne pas rentrer trop tard à la maison. Et puis, de toute façon, je ne hue pas les artistes, ce n'est pas dans mes habitudes.
 
La production est heureusement sauvée par les autres chanteurs, tous excellents, notamment Adrianne Pieczonka, Senta bouleversante aux capacité vocales surprenantes et le jeune Klaus Florian Vogt, qui donne mouvement, fraicheur et expression à un spectacle quand même un peu englué dans une mise en scène terne, statique et poussiéreuse. C'est toujours mieux que Warlikowski dans Parsifal, je vous le concède et au moins, le projet de Wagner est respecté. Mais un peu d'imagination n'aurait pas fait de mal.
 
La direction de Peter Schneider, assez ploum ploum, ne révolutionnera pas l'interprétation wagnérienne mais je me plais à retrouver dans la sonorité de l'orchestre de l'opéra de Paris la belle fluidité de timbre qui m'avait ébloui dans les deux premiers volets du Ring.

3 commentaires:

Elena800 a dit…

De même je l'ai vu pour la première fois à la télé mais en couleur, c'est le seul opéra de Wagner que j'ai vraiment aimé. La Walkirie m'a plu mais moins. Je suis plus opéra italien.

JeF a dit…

Je pense que Lohengrin vous plairait : c'est un très bel opéra, avec une orchestration magique, de beaux airs, des choeurs somptueux et une belle histoire...

CharlesdeB a dit…

Vous y allez un peu fort avec Morris mais je partage n'anmoins votre point de vue, un peu triste d'avoir vu dégringoler ce bon chanteur qui eût naguère ses heures de gloire sur les scènes wagnériennes (Wotan notamment)....

L'OdP devrait privilégier de jeunes talents et ne pas nous infliger ces chanteurs finis.
PS : Bravo pour votre blog, drôle et documenté