vendredi 6 août 2010

Madeleine anglaise

Hampstead - photo Jefopera
Avec ses 325 hectares de terrain boisé, Hampstead Heath est sans doute le plus grand espace naturel de Londres. C'était aussi l'un des quartiers que je ne connaissais pas encore. Alors, deux heures d'Eurostar, quatre stations de métro de la gare Saint Pancras, et hop, me voici perdu dans une campagne anglaise de carte postale.

Après avoir longé quelques belles ruelles pavées et arborées, bordées de charmants cottages, je pénètre dans un bois, longe un champ fraîchement fauché, emprunte un petit pont de bois, traverse un bosquet. Mais où suis-je donc ? Des bois et des prés à perte de vue, plus aucune construction, personne... Je continue, le parapluie à la main, dans la crainte d'une averse. Soudain, apparaissent trois charmantes vieilles dames coiffées de chapeaux Barbour. Heureusement, ni serpent ni reine de la Nuit à l'horizon...

Suivant leurs bons conseils, je pénètre un peu plus avant dans le sombre bois puis débouche, au sortir d'une petite montée, sur un joli pré : en face de moi, se dresse la façade majestueuse et élégante de Kenwood House, dessinée à la fin du XVIIIème siècle par l'architecte néo-classique Robert Adam.

La propriété, acquise en 1925 par Lord  Iveagh, un membre de la famille Guinness, a été léguée à sa mort en 1927 à English Heritage, qui l’a ouverte au public en 1928. Transformée en musée, Kenwood House continue d’abriter la prodigieuse collection de Lord Iveagh, qui rassemble des oeuvres de Gainsborough, Boucher, Guardi, Hals, Van Dick et Turner. Mais ses deux pièces les plus célèbres sont un autoportrait de Rembrandt et une superbe Jeune fille à la Guitare de Vermeer. Quand on sait qu'à peine 36 tableaux de ce dernier ont été authentifiés, se trouver en face de l'un d'entre eux est toujours un moment privilégié.


Un peu plus tard, poursuivant ma visite, une grande marine hollandaise attire mon regard. C'est une vue de Dordrecht, d'Albert Cuyp, peintre hollandais du XVIIème siècle. Un étrange sentiment de familiarité, qui se prolonge bien au-delà de l'impression de déjà vu à laquelle je suis habitué. Oui, je connais ce tableau, bien, très bien même, mais d'où ?

Soudain, un flash : au dessus du sofa, chez mes parents, la grande tapisserie sur laquelle ma mère avait travaillé pendant des mois. Le modèle original est là, devant moi, le modèle d'une tapisserie que j'ai vue, revue, des milliers de fois, sous laquelle je me suis assis des années durant, sans jamais d'ailleurs y faire très attention. Drôle de surprise. Je me promets d'aller chercher des renseignements sur ce peintre dont les paysages lumineux ont enchanté Proust -qui lui dédia même quelques vers. Au fond, la vue de Dordrecht fût ma madeleine du jour.


4 commentaires:

JCMEMO a dit…

Votre bel article lu avec grand plaisir a été, pour moi, comme la Madeleine de...Il m'a remémoré d'excellents moments (hélas un peu lointains) passés là-bas...
JCMEMO

Anonyme a dit…

Nice post and this post helped me alot in my college assignement. Gratefulness you as your information.

JEF a dit…

Thank you for your message. Happy to have been useful !

Henry a dit…

La Grande-Bretagne regorge de trésors artistiques que je vous remercie d'évoquer dans cet article brillant et instructif !