mercredi 23 juin 2010

A l'écoute du XXème siècle


Oui, j'ai un peu délaissé le blog ces derniers jours, et mes statistiques de fréquentation sont en chute libre...
  
C'est la faute à Alex ! Je ne le lâche pas une minute depuis une semaine. Vous l'avez vu, il est plutôt mignon, mais non, ce n'est pas ce que vous imaginez. J'ai déjà un mari, et Alex aussi...
  
Né en 1968, journaliste, Alex Ross vient de lancer un prodigieux pavé dans la mare soporifique de la littérature sur la musique : The Rest is Noise, c'est le nom du livre qu'il vient de publier, a été finaliste au prix Pulitzer, a figuré au top ten du "Washington Post", de Newsweek et de The Economist. Il a été traduit en 15 langues et vendu à 200.000 exemplaires. En Espagne, il s'est d'emblée inscrit sur la liste des meilleures ventes du premier jour. Fait rarissime pour un ouvrage sur la musique, a fortiori celle du XXème siècle.
  
Admirablement construit, plein d'anecdotes, drôle et brillant, écrit dans un style clair et précis, The Rest is Noise se lit comme un roman, un grand roman historique où s'entrecroisent les grands noms de la musique du siècle dernier. On ouvre le bal avec Debussy, Strauss, Schönberg et Stravinsky mais on y croise aussi Duke Ellington, Lou Reed et les Beatles.
 
Car les barrières qui existent aujourd'hui entre la "Grande" musique et tout le reste sont en fait beaucoup plus poreuses que ce que l'on pourrait croire. On découvre en effet Charlie Parker citant Stravinsky, Coltrane Sibelius, les Rolling Stones écoutant Stockhausen, Ravel et Milhaud découvrant le jazz et la musique cubaine. On sourit en imaginant la Cocteau et la Poulenc en pamoison devant les premiers jazzmen américains venus faire découvrir leur musique aux parisiens.
  
Ce qui est formidable dans cet ouvrage, c'est le talent et l'érudition avec lesquels Ross explique et illustre l’influence de la politique et de la société sur l’évolution du langage musical : le chapitre sur l’Allemagne nazie est tout à fait passionnant, comme celui sur la manière dont la CIA s’est servie de l’avant-garde comme d’un instrument de propagande pendant la guerre froide. Le chapitre sur les rapports entre Staline Prokofiev et Chostakovitch fait encore froid dans le dos.
  
Il y aurait encore beaucoup à dire.... mais la meilleure solution est de se précipiter sur The Rest is Noise, traduit (fort bien) par Laurent Slaars, Actes Sud, 768 p., 32 euros.

2 commentaires:

CharlesdeB a dit…

Je vais aller me le procurer de ce pas

Cathy Paris a dit…

Merci de l'info ; le livre est passionnant de la 1ère à la dernière ligne, rédigé dans un style fluide et agréable et formidablement documenté et instructif ! Bravo