mercredi 9 juin 2010

Dans l'intimité des divas

La robe saumon portée par la Callas dans la "Norma" de Bellini en 1964 semble toujours aussi splendide, mais à y regarder de plus près il lui manque un bout d'étoffe: au Centre national du costume de scène, le visiteur plonge dans le secret des "Vestiaires de Divas".

"Elle a probablement été emportée par un collectionneur fétichiste lors d'une précédente exposition", suppose le couturier Maurizio Galante, l'un des commissaires de l'exposition, présentée à Moulins jusqu'au 31 décembre.

Les divas - mot dérivé de l'italien déesse - sont par nature adorées et révérées. Elles ont aussi la réputation d'être capricieuses. Mais la Callas, "Diva Assoluta", était "bon soldat", acceptant docilement d'enfiler tous les costumes qu'on lui demandait de porter selon Piero Tosi, chargé de l'habiller pour de nombreuses représentations. Après avoir beaucoup minci, elle persuada le metteur en scène Franco Zeffirelli de la draper dans une robe empire largement décolletée au lieu d'une crinoline pour jouer la "Tosca", afin de mettre en valeur sa silhouette devenue svelte.

En revanche, Christian Lacroix se souvient des exigences de Renée Fleming, pour le gala d'ouverture du Metropolitan opera de New York en 2008. "Cela a été l'essayage le plus rapide de ma vie. Elle n'était pas satisfaite, elle voulait une traîne encore plus longue", a-t-il raconté à l'AFP, soulignant que la traîne faisait déjà 18 mètres. Le gala fut un succès et le couturier français fut invité à dessiner son costume lorsqu'elle tint le rôle titre de la Thaïs.

L'exposition s'intéresse aux grandes cantatrices historiques - Sarah Bernhardt ou la soprano française Régine Crespin - mais aussi aux stars actuelles comme Natalie Dessay ou la néo-zélandaise Kiri Te Kanawa, et même aux divas plus populaires que sont Edith Piaf, Dalida ou Zizi Jeanmaire.

Un énorme éventail en plume rose de la meneuse de revue est exposé, ainsi que la petite robe noire fétiche de Piaf, alors qu'une série de toilettes de Dalida défilent au rythme de ses tubes.

A l'origine, les divas portaient leurs propres costumes et de véritables bijoux, souvent offerts par des admirateurs. La diva wagnérienne Régine Crespin était connue pour porter des vêtements griffés Worth et Poiret sur scène comme à la ville. Aujourd'hui, les costumes appartiennent à la production, mais les chanteurs en ont souvent une copie à titre personnel.

Au-delà des costumes de scène, l'exposition lève un coin du voile sur l'intimité de ces femmes qui vivent d'hôtel en meublé, et transportent leur vie dans leurs valises, faisant de leurs loges des espaces privés. Deux loges sont recrées, capitonnées et meublées d'objets personnels: malle Vuitton personnalisée, boîtes à chapeau et nécessaire de toilette. "Ce qui m'a toujours intéressé chez une diva, c'est sa dualité. Fragilité et force, beauté complexe et simplicité pure, vie privée et vie publique", explique Maurizio Galante.

© AFP - Thierry Zoccolan

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