samedi 15 mai 2010

Nymphes poursuivies par des satyres

Il y a bien longtemps, dans le cours de latin d'une demoiselle moustachue, feuilletant distraitement mon manuel, je tombai sur la reproduction d'un tableau. J'en ai oublié la couleur, les traits et même le nom de l'artiste mais pas le titre, Nymphes poursuivies par des satyres. Les adolescents d'aujourd'hui, qui ont déjà tout vu sur le net, riraient bien de l'objet de ces premiers tourments.

Finalement, rien n'avait peut-être beaucoup changé au cours des trois siècles qui séparent cette découverte de la première de La Calisto, le 28 novembre 1651, à Venise, au Teatro Sant'Apollinare. Cette Calisto de Francesco Cavalli que le Théâtre des Champs-Elysées a eu l'excellente idée d'inscrire à son programme.

De quoi est-il question ?

Pour mieux séduire la jeune nymphe Calisto, Jupiter, vieux cochon incorrigible, prend l'apparence de la déesse Diane, de qui Calisto est éprise. A partir de là, se met en place un assemblage de situations plus graveleuses les unes que les autres, où dieux, nymphes et satyres se livrent à un surprenant ballet du désir. Qu'importent l'âge, le sexe, le rang et le costume, tout le monde ne pense qu'à ça, et tout est permis pour y parvenir. Bien des oeuvres lyriques exploreront dans les siècles à venir les arcanes du désir, mais dans le registre de la gaudriole, La Calisto n'a sans doute jamais été dépassée.

Piotr Kaminski résume bien l'affaire : Inspiré des Métamorphoses d'Ovide, le livret de Giovanni Faustini est un des plus formidables du XVIIème siècle, une parfaite comédie lyrico sexuelle qui ouvre au metteur en scène imaginatif à l'esprit mal tourné d'innombrables occasions de croiser des amants des deux sexes dans toutes les combinaisons possibles, y compris, rien ne l'interdit, une brève relation entre un Jupiter efféminé et un Endymion à la voix d'alto, sans oublier un accouplement mutuellement avantageux entre un adolescent priapique et une vieille lubrique.

En dépit de ce joli sujet, d'effets scéniques et de machineries très spectaculaires, La Calisto ne remporta pas le succès escompté et disparut de la scène jusqu'à sa résurrection en 1970 par Raymond Leppard, au Festival de Glyndebourne, avec Janet Baker, Ileana Cotrubas et Hugues Cuenod.

Sur le plan musical, La Calisto, quelques années après Monteverdi, installe un nouvel équilibre entre récitatifs et arias, au profit de ces derniers, qui se développent sur des lignes mélodiques de plus en plus élaborées et s'ornent de vocalises elles-aussi beaucoup plus riches.

La mise en scène de Macha Makeïeff fonctionne assez bien mais on était en droit d'attendre plus d'invention et d'originalité de la part de la co-fondatrice des Deschiens. Pour une fois, le sujet se prêtait à toutes les folies et, sur ce plan, je suis un peu resté sur ma faim.

Avec ses Talens lyriques, Christophe Rousset, pour qui ce répertoire n'a aucun secret, officie avec brio, précision et beaucoup de sensibilité. C'est avec un immense plaisir que je retrouve Véronique Gens (Junon), royale, comme toujours, et découvre une belle brochette de jeunes chanteurs, dont l'exquise Sophie Karthäuser dans le rôle titre et le contre-ténor Lawrence Zazzo (Endymion), aussi délicat qu'émouvant dans celui du petit berger Endymion.

Mais la plus belle surprise vint hier soir d'un jeune ténor, Cyril Auvity (Pan), à la voix chaude, puissante, pleine d'émotion et de virile fragilité. Ici dans un air de Platée.

2 commentaires:

JCMEMO a dit…

Bel article.!C'est une période que je connais bien mal et il est bien tard pour réparer cette lacune...Mais j'applaudis de tout coeur la jeune nymphe qui nous un nouveau Kaufmann, ce qui n'est pas rien !
(En ce qui concerne le tableau : j'ai nettement l'impression que les charmantes nymphes sont ravies de partager les turpitudes de ce satyre --- en agrandissant l'image on peut lire en bas le nom du peintre : W.Bouguereau 1873).
Bon dimanche.

Anonyme a dit…

Belle paire de fesses en tout cas !