dimanche 16 mai 2010

Femmes du Caire



Il est rare que je parle de cinéma sur ces pages. Cela ne traduit aucun désintérêt pour le 7ème art, bien au contraire. Toutefois, afin de maintenir une ligne thématique cohérente à ce blog, je me suis volontairement limité aux films qui ont un lien, direct ou indirect, avec l'opéra. Mais toute règle doit connaitre ses exceptions.

Par son rythme, ses couleurs, ses personnages pittoresques et excessifs, ses femmes fatales souvent brisées par l'oppression des mâles, son penchant prononcé pour le mélo, le cinéma égyptien est très proche du monde de l'opéra ; c'est sans doute pour cela que je l'aime beaucoup, comme d'une façon générale le cinéma du monde arabe. Encore marqué par L'immeuble Yacoubian, je suis allé hier soir à l'Ecran de Saint-Denis voir Femmes du Caire, de Yousry Nasrallah. Deux films écrits par le même scénariste, Waheed Hamed.

Hebba et Karim forment un couple de journalistes à succès, jeunes, riches et beaux. Hebba anime un talk-show politique au grand succès dont le libre ton menace la promotion qu’attend son mari. Hebba troque alors la politique pour des faits divers féminins qui passionnent des millions de spectateurs avec des histoires vraies, pleines de surprises, de violences, de rebondissements, les emmenant des bas-fonds du Caire à la jet-set. Mais où s'arrête la politique, où commence la question de la condition féminine dans un pays corseté par des traditions qui mettent le sexe au centre de tout ? De conteuse, Hebba devient elle-même une histoire.

Le scénario du film, centré sur quatre histoires croisées, s'est inspiré d'évènements réels, comme en témoignent les propos de Yousry Nasrallah : La plupart des histoires provenaient de faits divers ou de connaissances. L’affaire des trois filles et du jeune garçon a fait la une des journaux égyptiens. Le ministre est en vérité un haut fonctionnaire. Quant au personnage de Hebba, il s’inspire d’une speakerine libanaise mariée à un Saoudien. Elle est apparue un jour à la télévision couverte d’ecchymoses pour dénoncer des violences conjugales raconte-t-il.

Depuis plus de 20 ans, le cinéma égyptien a marginalisé les femmes de caractère. Traditionnellement, dans nos films les femmes étaient de magnifiques étoiles, montrées comme des personnages réels, fiers de leur féminité. Maintenant, les films ont tendance à réduire les femmes à de simples épouses, mères, soeurs, fiancées, des objets de désir (...). C’est un reflet clair de la misogynie qui règne dans la société égyptienne. Une des caractéristiques les plus attrayantes du scénario de Waheed Hamed est l’inversion des rôles, les hommes ici sont les objets de désir.

En s'attaquant aussi directement à l'oppression des femmes, Nasrallah fait de la politique en semblant ne pas en faire. Les intégristes égyptiens ne s'y sont pas trompés et ont hurlé au scandale. Le public égyptien, lui, est allé en masse voir le film.

L'écrivain Albert Cossery, égyptien lui aussi, disait que Le progrès social commence toujours par l'indépendance des fesses. A méditer.

1 commentaire:

JCMEMO a dit…

Je me suis fourvoyé dans la Forêt de Sherwood avec Robin des bois..j'aurais mieux fait de me perdre avec les "Femmes du Caire" Bonne soirée.