dimanche 25 avril 2010

Première de Billy Budd à Bastille

Jusqu'à hier soir, je ne connaissais de Britten que son concerto pour violon, partition bouleversante et envoûtante qui ne vous lâche pas. Mais honte à moi, j'étais bien ignorant de l'oeuvre lyrique de celui qui est souvent présenté comme l'auteur d'opéras le plus important du XXème siècle, en tout cas le plus grand compositeur anglais depuis Purcell.

Donc, première de Billy Budd, hier soir à Bastille. L'assistance est élégante, distinguée, mélomane, et surtout très masculine. Jean-Laurent et moi ne déparrons pas, loin s'en faut, au milieu d'un parterre très "gaymour", auréolé de la présence remarquée de Pierre Bergé.

Il faut dire que le sujet est sans équivoque. Directement tiré d'une nouvelle de Herman Melville, le livret de Foster et Crozier situe l'action sur un bâtiment de guerre anglais, en 1797. Angleterre, qui comme une bonne partie de l'Europe, est en guerre contre la France révolutionnaire. Billy Budd, jeune et beau matelot, enrôlé de force comme beaucoup à l'époque, excite le désir du capitaine d'armes, Claggart, personnage refoulé et sadique qui, faute de posséder Billy, l'accuse à tort de trahison. Paralysé par son bégaiement, Billy frappe Claggart et le tue devant Vere, le capitaine, qui ne réussit pas à le sauver de la pendaison mais restera hanté de cette injustice jusqu'à la fin de ses jours et qui, dans l'opéra, raconte l'histoire comme le souvenir d'évènements anciens.

L'oeuvre n'est pas vraiment facile et nous a même semblé parfois un peu longue, je ne crains pas de l'avouer. A l'instar d'une bonne partie du répertoire lyrique du siècle dernier, Billy Budd peut paraître en effet aride, notamment dans l'écriture vocale. C'est donc à la scène que l'oeuvre doit être découverte et appréciée, ce qui, somme toute, est assez normal pour un opéra. Et sur ce plan, le spectacle d'hier soir était une réussite totale.

Le baryton Lucas Meachem dans le rôle-titre et Kim Begley, dans celui du capitaine Vere, sont apparus extraordinaires de puissance et d'émotion. Le sadique Claggart est lui même très bien servi par Kurt Rydl, dont le timbre de voix, qui dans d'autres rôles pourrait sembler ingrat, est ici totalement adapté au personnage.

Le chef britannique Jeffrey Tate, sans doute le meilleur spécialiste actuel de ce répertoire, marque par sa direction précise et ciselée autant que par ses formidables élans dynamiques et dramatiques, particulièrement évidents dans les intermèdes orchestraux.

Enfin, un très grand coup de chapeau à Francesca Zambello, dont la mise en scène offre une démonstration spectaculaire, d'un bout à l'autre convainquante, des ressources techniques prodigieuses de Bastille.


3 commentaires:

JCMEMO a dit…

Votre réaction enthousiaste fait plaisir..
Dommage que cette "production" de Zambello (qui date du début des années 90) n'ait jamais fait l'objet d'un report sur DVD : l'Opéra de Paris manque singulièrement de dynamisme à cet égard (cf la politique du Met).
Il existe un enregistrement cd sous la direction de Hickox avec l'excellent baryton anglais Simon Keenlyside (l'Hamlet du Met); mais j'avoue que sans support visuel et avec mon insuffisante connaissance de la langue anglaise...
Au fond "l'archange sacrifié" a de la chance (si on peut dire) : la nouvelle de Herman Melville, l'opéra de Britten, et le film (trés estimable) de Peter Ustinov (1962) avec un Terence Stamp à ses débuts.
je vous souhaite une bonne semaine.
Je crois avoir omis de vous donner l'adresse de mon blog : http://jcmemo-34.blogspot.com/
(mais surtout ne vous sentez pas obligé !)

JEF a dit…

Tout à fait d'accord avec vous, il faudrait qu'à l'instar du Met, l'Opéra de Paris mette en place une politique ambitieuse d'édition de DVD, à des prix raisonnables, qui permettraient de faire connaître ses productions de façon beaucoup plus large.
Certes, ils le font déjà, mais de façon beaucoup trop modeste. Et puis, c'est aussi cela le service public.
En tout cas je prends bonne note des références que vous m'indiquez et vais rechercher le DVD. D'une façon plus générale, j'ai bien envie de poursuivre ma découverte de l'oeuvre de Britten....
J'ai mis un post sur votre blog, que j'ai découvert samedi.
Bravo pour vos photos de Cuba et de Bali, elles sont superbes et me donnent des envies de voyage !

JCMEMO a dit…

Oui la subvention énorme (d'après ce que j'ai pu voir) versée à l'Opéra de Paris (même si j'en suis heureux) entraîne peut-être un certain immobilisme...
(je viens de retrouver votre commentaire sympathique de samedi....sur mon ancien blog que j'ai abandonné depuis quelques mois...)