jeudi 18 mars 2010

Don Carlo à Bastille

Il est toujours excitant de découvrir un opéra que l'on ne connait pas, a fortiori lorsqu'il s'agit d'une oeuvre célèbre à côté de laquelle on est passé, au fil des années, sans vraiment savoir pourquoi. Tel était le cas du Don Carlo de Verdi, que je n'avais jamais écouté ni dans sa version française ni dans la version italienne. Version italienne qui était donnée ces semaines à Bastille, dans la reprise d'une mise en scène très réussie de Graham Vick.

Pour réussir Don Carlo, il faut trouver 6 chanteurs de premier plan, ce qui n'est guère aisé. C'est sans doute aussi pour cela que l'opéra est rarement donné. Stefano Secco (Don Carlo), Giacomo Prestia (Philippe II), Sondra Radvanovsky (Elisabetta) et Victor von Halem (le grand Inquisiteur) s'en sortent honnêtement, mais sans plus. On saluera davantage Ludovic Tézier, qui incarne un Rodrigo bouleversant et Luciana d'Inti, qui maîtrise avec brio le rôle difficile d'Eboli.

La pièce de Schiller est un texte riche, complexe, où s'entremêlent les sentiments intimes des personnages et leurs rôles politiques. Dans l'esprit des Lumières, c'est un réquisitoire implacable contre l'intolérance religieuse et l'absolutisme politique. L'Espagne de Philippe II et sa terrible Inquisition offrent à cet égard un contexte quasi idéal.

Sobre, élégante, la mise en scène de Graham Vick sert fidèlement le texte et l'illustre lorsqu'il le faut. Les décors dépouillés, austères, voire lugubres, éclairés par des jeux de lumière particulièrement réussis installent une impression de malaise, qui croît au fil du spectacle et s'amplifie lorsque le drame se resserre, notamment dans les dernières scènes.

Surprise de taille : le lien intime qui unit les deux personnages principaux, Don Carlo et Rodrigo, marquis de Posa. Dès le début, dans leur duo du premier tableau, unisson enflammé où les voix se couvrent, s'entremêlent, se confondent dans un cri d'amour puissant, les deux amants jurent de se vouer l'un à l'autre pour la vie et pour la mort.

Puis, à la fin du troisième acte, lorsque Rodrigo expire dans les bras de Carlo, les paroles échangées par les deux héros lèvent le doute sur la nature de leur relation : Il faut nous dire adieu, Dieu permet encore qu'on s'aime près de lui quand on est au ciel, mon Carlos, je meurs pour toi. C'est une scène poignante, magnifique, bouleversante, où le génie de la musique de Verdi vient nous révéler ce que les mots ne pouvaient, à cette époque, nous dire plus directement.

4 commentaires:

JCMEMO a dit…

Don Carlo sera à l'affiche du Met à la fin de l'année. J'hésite à prendre des places (au cinéma) car j'imagine mal Alagna dans le rôle titre (enfin on verra ; certes il l'a interprété au Chatelet, mais à une belle époque de sa carrière...). Par contre le merveilleux Keenlyside sera Rodrigo...

JEF a dit…

Opéra superbe mais difficile, qui réclame 6 grandes voix. Je suis assez confiant pour Alagna....
Vous allez à New York ?

JCMEMO a dit…

Hélas non pas à New-York : au cinéma....!

Anonyme a dit…

Pas sur que Verdi ait eu une vision gay de cette affaire, mais après tout pourkoi pa ?