mercredi 11 novembre 2009

Don Pasquale aux Champs Elysées

Ricardo Muti était cette semaine de retour à Paris, au Théâtre des Champs Elysées. Après un sublime Requiem de Verdi à la Basilique de Saint-Denis en juin dernier, la résurrection d'un opéra baroque à Garnier quelques semaines plus tard (le Demofoonte de Jommelli), le maestro nous a proposé Don Pasquale de Donizetti, en version de concert.

Celui qui pendant près de 20 ans a dirigé l'orchestre de la Scala et enregistré de nombreux disques qui font aujourd'hui autorité est l'incarnation vivante du Bel Canto. Les parisiens, qui l'adorent, lui ont réservé un accueil à l'italienne, applaudissements frénétiques ponctués de bravos tonitruants, jets de fleurs accueillis avec une retenue pleine d'élégance et de malice par un maestro qui n'en est pas à son premier triomphe.

Donner Don Pasquale en version de concert semblait pourtant une gageure : ce délicieux opéra comique est une farce pleine de rebondissements dans l'esprit Comedia Del Arte, avec tous les ingrédients du genre, vieillard libidineux, héritage convoité, médecin roublard et vrai faux mariage. Sans les effets de scène, qu'allait-elle devenir ?

Mais dès les premières mesures de l'ouverture, je sais que la soirée sera réussie tant le maestro, avec ou sans mise en scène, excelle dans ce répertoire qui est le sien. Il a d'ailleurs gravé il y a une quinzaine d'années une version qui fait référence. Vivacité et précision dans les attaques, rythme soutenu du début à la fin, direction rigoureuse des chanteurs, rien n'est laissé au hasard. Du grand art, incontestablement.

Et les chanteurs ne sont pas en reste. Une troupe jeune, très homogène, d'où se détache peut être la très jolie Laura Giordano, qui incarne et chante à merveille le rôle de chipie de Norina. Une troupe également de vrais comédiens, dont le jeu et les mimiques, sans costumes ni décors, suffisent largement à faire rire la salle, totalement conquise et sous le charme.

Finalement, on se passe très bien de mise en scène quand la musique est belle et bien interprétée. Cette leçon, que certains devraient méditer, ne m'a jamais paru plus évidente que ce soir.

Et puis, il y a le sublime air de ténor Povero Ernesto qui est à Don Pasquale ce que la Furtiva lacrima est à L'Elixir d'amour, un pur moment d'émotion, une sorte d'arrêt sur image, une pause dans le rythme effréné de cette farce qui n'a pas une ride.
 

2 commentaires:

JCMEMO a dit…

Voila donc retrouvé votre article sur le Don Pasquale dirigé par Muti...qu'il aurait été intéressant pour moi de comparer avec celui du Met (vu en retransmisson samedi) bien que je ne sois pas du tout certain que j'aurais été en mesure de bien juger..
En effet je crois de plus en plus qu'il existe un fossé entre les spécialistes qui savent...et les amateurs qui, comme moi, se contentent d'aimer (ou de ne pas aimer) sans trop savoir pourquoi....
Excellente soirée à vous.

JeF a dit…

Je pense sincèrement que le plus important, et de loin, est d'aimer et de prendre du plaisir à l'opéra (comme ailleurs) ; le reste, ce n'est que des souvenirs et de l'expérience accumulés, qui n'ont aucun intérêt s'ils ne sont pas au service du plaisir de la musique. Et puis, parfois, je le vois en lisant les commentaires des musicologues, la technique prend trop souvent le pied sur l'émotion, et c'est bien dommage.